Bienvenue

A la manière des cadavres-exquis, tout en usant de règles adaptées à notre convenance, nous tentons d'écrire ici une histoire à la fois anonyme et multi-voix.

Impossible de vous en faire un résumé, et pour cause...

... nous même ne savons pas tout ceci va nous mener !

6 commentaires dimanche 18 novembre 2007

Le moine qui venait d'entrer dans l'église d'Alésia referma la porte derrière lui. La tête recouverte de la capuche de sa soutane, il s'avança lentement vers Paul et Sue. Ce n'est que lorsqu'il arriva à quelques pas qu'ils le reconnurent...

Sue et Steve se regardèrent de longues secondes sans un mot. Malgré l'accoutrement pour le moins surprenant de ce dernier, la scène était chargée d'émotion. Une larme coula sur la joue de la femme, imitée quelques instants plus tard par une autre sur celle de son fils adoptif...

L'air hagard, Steve se tourna vers son ami. Les questions se bousculaient, il était complètement perdu :

"Qu'est ce que ma mère fait là ? Tu la vois encore ? Depuis quand ? Pourquoi tu l'as amenée ici ?"


Paul ne répondit pas. Il se contenta de baisser les yeux et de hausser les épaules comme un enfant pris en faute. Après un instant de réflexion, il déclara :

"Ecoutez, j'ai plein de choses à vous raconter... J'ai vraiment pas été honnête avec vous deux au cours de ces dernières années, on me faisait du chantage, je pouvais pas faire autrement... Mais maintenant j'en ai assez d'être manipulé par ses salauds de russkoffs. Je vais vous dire tout ce que je sais, c'est promis, mais pas ici : on n'est pas en sécurité dans cette église. Allons-nous en vite !"

Steve et Sue décelèrent l'urgence dans la voix de Paul. Ils décidèrent sans même en discuter de continuer à lui faire confiance malgré ce qu'il venait de raconter et de remettre à plus tard son interrogatoire. Ce fut Steve qui prit la parole le premier :

"Bon, pour pas qu'on se fasse remarquer, on ferait mieux de pas sortir en même temps et par la même porte. Je propose qu'on se retrouve dans 15 ou 20 minutes au premier étage du Zeyer. Comme ça, on aura une vue plongeante sur le parvis de l'église et on pourra décider au tout dernier moment, selon ce que tu vas nous dire, si on va ou pas au rendez-vous de 21 heures. J'ai trouvé la soutane que je porte derrière le choeur, j'ai vu qu'il y en avait d'autres. Je vais sortir par la porte arrière pendant que vous allez en mettre une. Paul, tu passeras par la porte principale, Maman par l'autre porte. N'allez pas directement au Zeyer, soyez le plus discret possible, baissez la tête et marchez lentement."

Sur ce, Steve tourna les talons et avança d'un pas décidé et sans se retourner vers l'entrée qu'il avait empruntée quelques instants plus tôt. Sans un regard l'un pour l'autre, Sue et Paul se dirigèrent vers le choeur et suivirent à la lettre le plan de Steve...

Alors qu'il progressait tranquillement vers la brasserie, le regard de Steve se porta sur une voiture arrêtée à un feu rouge. Le fait que ce soit une décapotable noire, de grande marque et très certainement hors de prix ne l'intéressait absolument pas : Steve se foutait complètement des voitures, sa Saxo hideuse en était la preuve... non, ce qui l'interloquait était dans la voiture... cette femme, installée à la place du mort, et qui en avait d'ailleurs l'allure, était la première personne qu'il avait vu ce matin. Il l'aurait juré ! Elle n'était donc pas morte. Comment était-ce possible ? 6 étages !!! Et que faisait-elle ici ? Qui était ce grand bel homme qui la conduisait ?

Le klaxon rageur d'un connard de parisien pestant contre les salauds de grévistes de la SNCF (*) l'extirpa violemment de ses pensées. Pris de panique et complètement dérouté, il accéléra le pas et atteignit hors d'haleine le Zeyer.

Paul et Sue arrivèrent comme prévu au point de rendez-vous quelques minutes plus tard. Après un passage aux toilettes pour se débarrasser de leur déguisement, ils s'installèrent aux côtés de Steve à une table du premier étage qui donnait sur la place d'Alésia. Il avait le teint blafard et semblait songeur.

Au même moment, un serveur se pointa :

"Voici votre côte de bœuf saignante, Monsieur... Excellent choix. Elle est très bonne ! Et pour vous, ce sera quoi ? ", demanda-t-il en s’adressant à Paul et Sue.

Ils se tournèrent vers Steve, surpris qu’il ait commandé à manger à cette heure-là.

"J'suis stressé et quand j'suis stressé, j'ai faim", lança-t-il pour se justifier.

"Dans ce cas, je vais prendre des merguez - frites", répondit Paul devant la moue dubitative du serveur.

"Non merci, rien pour moi", dit Sue.

Une fois la commande passée et le serveur reparti, l'habitué du Keller's Club commença à raconter son histoire :

"Tout a commencé il y a 4 ans déjà..."


(*) NDLR : la scène se déroule un dimanche ; c'est dire s'il est con !!!

3 commentaires dimanche 4 novembre 2007

L’odeur de cigare qui flottait dans le taxi ne lui était pas inconnue. Il n’eut aucun mal à identifier la personne assise à la place du mort : Vladimir en personne ! Il était rare de le voir de si près. Il n’avait même pas pris la peine de se retourner, se contentant de regarder son nouveau sous-fifre par l’intermédiaire du miroir de courtoisie. Entouré par deux molosses, il pouvait à peine bouger. Le rouquin lança :

- « Сукин сын* ! Je vais te faire bouffer tes… »

Il n’avait pas pu finir sa phrase. Au claquement de doigts de son maître, la grosse main d’un des gardes du corps avait saisi le cou du rouquin qui, après être passé par le rouge puis le violet peinait à respirer. Il tomba dans les pommes quelques minutes.

« - Il se réveille !! »

Le rouquin reprenait lentement ses esprits. Il passa délicatement la main autour de son cou endolori. Sa vision devenait de moins en moins trouble, il tenta de réitérer ses menaces en regardant vers le miroir. Il n’en eut pas le temps. Vladimir lâcha :

- « Attachez-le et bâillonnez le. Je ne veux plus entendre ce maudît insecte et encore moins qu’il puisse me nuire à nouveau. Puis, s’adressant directement à lui : Ton collègue n’a pas dû te transmettre le message il y a quelques mois. Tu vas connaître le même sort que tes complices. »

Il se retourna violemment pour s’adresser cette fois à ces deux gorilles, les yeux injectés de sang :

- « Dès que nous en aurons fini ici, vous irez lui broyer les jambes avec sa voiture, comme il a pu faire à Oleg ; Ensuite, vous irez le couler jusqu’aux genoux dans le béton avant de la jeter dans la Seine. Toi, s’adressant au premier garde du corps, tu fouilleras et tu prendras sa voiture. Tu te chargeras de son maquillage avant de la recycler. Quant à toi, s’adressant à l’autre garde du corps, tu t’occuperas de notre ami en le ramenant à la cave après que vous vous soyez occupés de ses jambes. N’oubliez pas les sacs poubelles pour envelopper le tout, je ne veux pas de trace. Je compte sur votre discrétion, vous n’êtes plus des amateurs… Ce soir, quand nous ferons le point à la maison, nous décortiquerons le répertoire de son téléphone portable et l’historique de ses messages et appels. On va faire parler ce Qtek pour remonter jusqu ‘à Keller! C’est moi qui vous le dit…»

Les deux molosses se contentèrent d’un hochement de tête en guise de réponse. Ils esquissaient un sourire sadique en molestant et en attachant leur future victime qui tentait vainement de se débattre.

L’attention de Vladimir se portait maintenant sur l’entrée de l’Eglise. Il alluma un nouveau cigare. L’emplacement du taxi aux vitres fumées était parfait pour voir sans être vu.

A l’intérieur de l’Eglise, Paul faisait les cents pas et ne cessait de consulter sa montre. Sue, qui était assise près de l’Office, semblait récupérer un peu d’énergie en serrant entre ses deux dans sa main une des bibles de la paroisse.

Il était maintenant 18h10 à la montre de Paul. L’impatience se lisait sur son visage. Il s’immobilisa devant les portoirs de cierges et tâta machinalement ses poches avant de se tourner vers son « amie » :

- « T’aurais pas 2€, je n’ai plus un Suellen… ».

La nervosité avait fait réapparaître chez Paul un sens de l’humour qui lui était bien propre : des blagues à deux balles qui ne font rire personne à par lui. C’était le cas de Sue. Elle n’esquissa pas l’ombre d’un sourire. Elle lui tendait simplement la pièce. Paul n’insista pas et son visage se referma aussi sec. Il mis la pièce dans l’urne et s’empara d’un gros cierge. Sans doute un signe du destin, il dû s’y reprendre à trois fois avant de parvenir à l’allumer. Il l’installa sur le portoir puis, tout en fermant les yeux, se replongea dans sa réflexion : ses enquêtes, ses trahisons… Tout le travaillait de plus en plus. Il sentait naître en lui un besoin urgent de se soulager, de tout raconter à celle qui le considérait comme son ami, son confident. Après tout, il avait bien réussi à parler à sa fille, Sally. Parler à la mère ne devrait pas être plus difficile, d’autant plus qu’il était convaincu au plus profond de lui-même, de ne pas avoir peur d’une quelconque réaction de Sue. Quand il rouvrit les yeux, sa décision était prise. Il vit soudain la flamme de son cierge vaciller puis s’éteindre. Un courant d’air avait traversé l’Eglise de part en part. Paul sentit un frisson parcourir son dos. Quelqu’un venait d’entrer…


* : Fils de pute

8 commentaires dimanche 7 octobre 2007

Paul et Suellen furent les premiers au rendez-vous. A six heure moins quelques minutes, Paul avait catapulté le tacot vibrant de Steve à trois rue d’Alésia, sur un trottoir peu fréquenté. Elle était plantée entre une benne dégoulinant d’ordures et une Lada 2105 taguée, trônant sur quatre parpaings.

Suellen peinait à suivre le rythme de Paul, qui ne faisait plus attention à elle. En s’avançant vers l’église, il faisait le point sur sa propre situation et sur celui qu’il venait de trahir : Oleg. Le violoncelliste l’avait approché quelques années plus tôt et l’avait convaincu de travailler pour lui. Paul n’avait pas eu le choix : Oleg savait que Paul droguait son ami Steve, lors de soirées bien tardives, afin de profiter, à son insu, de sa chair divine. Il le faisait chanter. Le boulot de Paul consista d'abord à surveiller les faits et gestes de Steve, à prendre discrètement quelques clichés et à rédiger un rapport précis, quasiment quotidiennement.

Par hasard, un jour, Paul avait appris qu’Oleg travaillait pour Vladimir, un mafieux ultra violent de Moscou. Le soviet cherchait une fille : Sally, qu’avec Oleg, ils appelaient l’ « héritière ». Ils la trouvèrent.

Oleg apprit alors à Paul que c’était la fille de Suellen et de Vladimir. La mission de Paul fut désormais d’amener Suellen, qu’il connaissait vaguement, à rechercher Sally, et à la reconnaître comme sa fille.
Paul avait alors fait des recherches de son côté. Le véritable prénom de Sue était Selena. Elle était la fille du professeur Nicolaï Sarkösky, directeur de recherche sans gloire à l’Institut de Biologie et de Physique Générale de Sverdlovsk, au début de la guerre froide. Après sa mort prématurée dans un accident, sa femme avait migrée à Paris et Selena, âgée de 2 ans avait pris le nom de Suellen.

Avant ce matin, Paul n’avait jamais envisagé que l’histoire prendrait une telle ampleur et qu’il avait mis son ami dans une belle merde. Steve, son meilleur amis, son amour impossible, était en danger et manipulé. Il était lui aussi, par adoption, l’ « héritier » de Nicolaï Sarkösky.
En marchant vers Alesia, Paul décida définitivement qu'il n’avait plus du tout envie de suivre les ordres d’Oleg, et se demandait comment il allait le payer.


En tournant dans l’étroite ruelle, le petit homme aux cheveux rouges ne vit pas la carcasse de la saxo, qui semblait faire partie de ce paysage urbain dégradé. Mais il fila directement caller son audi en double fille à côté de l’eglise d’Alesia. Traversant la rue, il envoya un texto à John Keller « Pol é sue arivé alésia. Attendon l’éritié ». Brusquement, alors que son cellulaire envoyait le bip de confirmation du message envoyé, il fut percuté par un marchand de frittes ambulant en mobylette, ramassé par deux grosses mains et poussé à l’arrière d’un taxi. Sonné comme un troisième ligne après la charge d’un rugbyman néo-zélandais, mais refusant la défaite, il releva la tête. Une voix s'éleva : J’avais prévenu, on ne s’occupe pas de mes affaires.

14 commentaires dimanche 30 septembre 2007


Durant les deux minutes pendant lesquelles se déroula la conversation téléphonique, Vladimir conserva cette apparence de sérénité et de force mêlées qui émanaient de lui depuis le début; seuls deux légers plis sur son front indiquaient qu'il écoutait avec grande attention ce que lui communiquait son interlocuteur. Lorsqu'il raccrocha, ses yeux se portèrent sur sa fille qui s'était assise sur une banquette recouverte d'un tissu bordeaux, puis il fit signe à Oleg. Sally ne perçut que quelques murmures discrets mais énergiques entre les deux hommes, puis le vieilliard russe quitta la pièce sans un mot. Bien qu'interrompu dans l'explication de sa trahison envers le "Brigadier", Vladimir ne crut pas bon de poursuivre sur ce sujet; toujours devant la fenêtre, il reprit la parole:

- "Tu dois sûrement te demander pourquoi je te raconte tout ça...tu n'as pas grand chose à voir avec l'Organisation...da...". Il semblait réfléchir à ce qu'il allait dire.

"Paul...explique à ma fille ce que je veux qu'elle sache!"

Sally ne comprit pas tout de suite le sens de ces paroles, puis elle s'aperçut soudain qu'un jeune brun et souriant se tenait - sans doute depuis le début - au fond de la pièce. Celui-ci s'avança, faisant craquer le vieux parquet en chêne sous ses pas, et d'un air très poli il lui tendit la main:

-"Bonsoir Sally, je suis Paul...un ami d'Oleg. Je me doute que tout ce qui se passe doit te paraître confus, mais je suis là...avec ton père...(il leva les yeux vers le grand Russe)...pour que tu connaisses une vérité qu'on t'a tenu secrète depuis longtemps. Sally, tu as un frère en vie à l'heure où je te parle...je suis son meilleur ami, d'où ma présence ici et..."

Paul dut s'arrêter devant les larmes qui s'écoulaient doucement du doux visage de la jeune fille. Aucun sanglot n'était perceptible, mais l'émotion l'étreignait fortement. Il reprit malgré tout:

-" Si ton père t'a parlé de John Keller tout à l'heure, c'est pour que tu comprennes qu'il est le père de ton frère: Steve...c'est le nom de ton frangin...est le fils de ta mère et de John Keller...c'est...c'est tout."

A ce moment, Oleg pénétra dans la pièce et fit un signe de tête à Vladimir. Ce dernier prit alors un ton plus pressé et plus dur: "Ecoutez-moi, je dois écourter notre entrevue d'aujourd'hui...Oleg va vous conduire ailleurs. Sally, je te recontacterai ma fille..." Sans un mot ou une marque d'affection supplémentaire, il s'éclipsa tandis qu'Oleg, qui avait revêtu une redingote vert foncé, les engagea à le suivre vers l'arrière de la maison. A l'autre bout, ils empruntèrent une trappe ouverte à même le sol, descendirent un escalier qui les mena dans une cour; quelques secondes plus tard, cette petite troupe sortait d'un porche dans la rue des Ecouffes.


Au même moment, toutes les lumières de la maison d'Oleg Smerdanov s'étaient éteintes et le silence règnait. C'est un léger grattement qui perturba d'abord l'apparente tranquillité du lieu, puis ce fut le grincement caractéristique de la porte d'entrée. Les deux hommes vêtus de noir, aux cheveux coupés très courts et munis de deux revolvers prolongés par des silencieux n'eurent le temps que de faire deux pas avant de recevoir un violent coup sur le crâne et de s'écrouler à terre.

Lorsque sa conscience s'éveilla peu à peu, l'homme, les yeux brouillés, ne distingua au départ qu'une lumière crue un peu au dessus de lui. Les sensations lui revenaient, notamment celle qui lui apprit que ses deux mains étaient attachées dans son dos tandis qu'il était assis sur une chaise. Enfin, la pièce lui apparut distinctement: un néon éclairait ce qui était manifestement une cave; une forte odeur d'humidité et de pourissement le prit à la gorge, mais c'est un autre détail qui coupa court à cette constatation olfactive. A 4 ou 5 mètre en face de lui, son comparse se trouvait dans la même position, mais pas dans le même état: son visage tuméfié et sanglant était couvert d'hématomes violacés, et de la bave mêlée à du sang coulait de sa bouche. Un grande silhouette s'avança vers lui et une bouche barrée d'une cicatrice s'adressa à lui: "Comme tu vois, ton ami a eu quelques problèmes pendant que tu dormais...Mais il est coriace. Normal, vous êtes entraînés pour ça. Il ne parlera pas et toi non plus, alors tu vas ouvrir bien grand tes putains d'yeux et tu gravera ça dans ta mémoire!"

Deux hommes se tenaient dans un coin de la cave, mais ce ne fut pas eux qui provoquèrent un sursaut de terreur chez l'homme: celui qui venait de s'adresser à lui avait à présent une grande hache dans les mains, et semblait manifestement savoir s'en servir.

"Regarde ce que la Russie réserve aux traitres!" La hache s'abattit violemment sur l'épaule de son complice qui hurla en éructant du sang. Son bras gauche gisait à terre et l'os ensanglanté dépassait à présent de l'épaule. Dans un second accès de fureur, le balafré sectionna le bras droit dans un geyser de sang qui macula le sol. La victime poussait des gémissements rauques entrecoupés de gargouillis répugnants: sa conscience et son équilibre se brouillaient irrémédiablement, et il chuta lourdement sur le côté, écrasant le moignon de son épaule gauche. Le sang coulait abondamment, répandant une odeur insoutenable dans toute la pièce. L'homme à la hache, les yeux injectés de sang, ne semblait pas y faire attention: "Tu raconteras à ceux qui t'envoient ce que tu as vu dans cette cave...et comment je traiterai quiconque tentera de toucher à mes proches, compris?! Vous avez foiré votre mission de tueurs, mais tu dormira plus jamais tranquille..." Il leva à nouveau la hache et l'abattit de toutes ses forces dans l'abdomen de l'homme à terre. Celui-ci sentit son estomac exploser sous l'impact de la lame, et un flot de sang et de bile lui remonta dans l'oesophage tandis que ses tripes glissaient hors de son ventre. Ce fut la dernière sensation qu'il éprouva avant de crever.


Une demi-heure s'était écoulée depuis le départ de ses deux partenaires. Ses yeux d'ambre brillèrent dans l'obscurité de la voiture. "C'est foiré, je le sens", pensa-t-il. Ses mains gantées de noir se posèrent sur le volant. Il mit le contact, puis la puissante Audi s'éloigna rapidement.

11 commentaires mercredi 5 septembre 2007

"… sauvegarder votre message, taper 3, réécouter, taper …" Steve était toujours pendu au téléphone : la miss qui gérait sa messagerie lui répétait pour la huitième fois, avec une patience insupportable, tout ce qu'il pouvait faire de l'étrange message qu'il venait d'écouter. Son cerveau tournait à 100 à l'heure, tentant désespérément d'assembler les pièces du puzzle. "Cette fille m'a laissé un message cette nuit pour me prévenir de ne pas lui faire confiance et de ne pas lui ouvrir ma porte. Ce matin elle arrive chez moi, sonne, me montre son espèce de foutu tatouage, me file un sac rempli de conneries et court se jeter dans le vide… Quelque chose cloche, elle ne pouvait pas être dans son état normal ce matin… Elle devait être droguée… Et elle l'avait prévu…" Les maigres conclusions qu'il tirait de tout ça ne pouvaient pas le satisfaire. Il raccrocha finalement et quitta le Sambabar, non sans jeter un coup d'œil incrédule à la faune joyeuse qui avait envahi le bar sans qu'il s'en aperçoive. Une fois dehors, il se dirigea tranquillement vers la bouche de métro la plus proche, direction : Alesia. Perdu dans ses pensées, Steve était à mille lieues de se douter que son destin se jouait au même moment, en divers endroits de la capitale…

Au volant de sa décapotable noire, quelque part dans le XVIIIème, Sergueï était toujours en communication avec Vladimir :
- Ça y est, j'ai récupéré ta fille, Vladimir, Elle est saine et sauve. Je te la ramène.

- Спасибо Sergueï. Dire qu'on la surveille depuis bientôt 5 mois… Comment diable ce maudit Brigadier a-t-il pu faire son coup ?
- Impossible à dire pour l'instant. Dès qu'elle se réveille, je te préviens.
- OK. J'appelle Oleg, il a peut-être du nouveau…
До Свидания Sergueï.
-
Увидимся позже.

A quelques rues de là, dans le hall de l'hôpital Bichat, Mizka venait de perdre la troisième manche de Chifoumi qui l'opposait à Moustache. Résignée, elle composa le numéro de John.
- Allô John, c'est Mizka.
- Alors, vous l'avez ?
- C'est-à-dire que… La chambre était vide, nous pensons que…
- Ne pensez pas ! Je me fous de vos explications à la con. Vous êtes deux foutus incapables ! C'est votre deuxième enlèvement raté de la journée, alors que vous avez toute la panoplie de vrais flics sur le dos ! C'est quoi le problème ?
- Mais chef, c'est que …
- Je m'en fous j'te dis ! Vous cherchez des engueulades à qui mieux mieux, ou quoi ? Y'a une compèt' en cours ? Retrouvez la, il me la faut avant ce soir !

John bouillait de rage. Il s'ouvrit un second Chum Up®, tant pis pour ses intestins. Il composa un autre numéro.

Dans l'audi A6 qui venait de quitter la rue Daviel, le téléphone sonna. L'homme aux cheveux rouges décrocha.
- Allô, le rouquin ? Baisse ta foutue musique de fillette. T'es toujours dans ta bagnole de beauf' ? T'as récupéré le sac ?
Le rouquin baissa le volume. Bob Dylan, Blowin' in the Wind. Il répondit avec son flegme habituel :
- Salut John. J'ai raté le sac. Mais j'ai du nouveau. Ce bon vieux Paulo fricote encore avec ton ex-femme. Ils étaient à l'appart. Et le vieux Oleg aussi. Lui, je l'ai pas raté.

- Bon. Tant pis pour le sac. Continue comme prévu, je m'occupe du reste. Ciao.

Dans la rue de la Santé, la saxo verdâtre de Paul poursuivait sa route. Un silence oppressant occupait l'habitacle. Les questions se succédaient dans la tête de Suelen. "Pourquoi Paul avait-il abandonné Oleg sans plus de scrupules ? Pourquoi s'était-il montré réticent à ce qu'elle l'accompagne ? Pourquoi semblait-il si nerveux, lui qui d'habitude était toujours si sûr de lui ?" Suelen ne comprenait pas grand-chose à cette histoire. Mais ce dont elle était sûre, c'est que celui qui était devenu son confident en l'espace de quelques mois lui cachait quelque chose…
Paul, de son côté, était également tracassé. Pas à cause de l'accident auquel il venait d'assister. Non, plutôt à cause de cette photo qu'il avait trouvée dans son portefeuille. Oh, ce n'était pas la photo en elle-même qui l'inquiétait, il se souvenait parfaitement du moment où elle avait été prise. Ce qui l'ennuyait d'abord, c'était de ne pas savoir qui l'avait prise. Mais par-dessus tout, ce qui le perturbait, c'était le mot qui avait été noté au dos, et qu'il avait réussi à dissimuler à Steve.
Увидимся позже. Évidemment, il était largement en mesure de le comprendre.

S'approchant d'Alesia, et ignorant tout de ce qui se tramait dans son dos, Steve était également à mille lieues de se douter que "l'Affaire Keller" avait commencé plusieurs mois auparavant…

4ème arrondissement, 5 mois plus tôt :

Dès la première sonnerie, Vladimir interrompit son récit. Il se dirigea vers le téléphone, et sans aucune appréhension, il décrocha.

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