Bienvenue

A la manière des cadavres-exquis, tout en usant de règles adaptées à notre convenance, nous tentons d'écrire ici une histoire à la fois anonyme et multi-voix.

Impossible de vous en faire un résumé, et pour cause...

... nous même ne savons pas tout ceci va nous mener !

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3 commentaires dimanche 4 novembre 2007

L’odeur de cigare qui flottait dans le taxi ne lui était pas inconnue. Il n’eut aucun mal à identifier la personne assise à la place du mort : Vladimir en personne ! Il était rare de le voir de si près. Il n’avait même pas pris la peine de se retourner, se contentant de regarder son nouveau sous-fifre par l’intermédiaire du miroir de courtoisie. Entouré par deux molosses, il pouvait à peine bouger. Le rouquin lança :

- « Сукин сын* ! Je vais te faire bouffer tes… »

Il n’avait pas pu finir sa phrase. Au claquement de doigts de son maître, la grosse main d’un des gardes du corps avait saisi le cou du rouquin qui, après être passé par le rouge puis le violet peinait à respirer. Il tomba dans les pommes quelques minutes.

« - Il se réveille !! »

Le rouquin reprenait lentement ses esprits. Il passa délicatement la main autour de son cou endolori. Sa vision devenait de moins en moins trouble, il tenta de réitérer ses menaces en regardant vers le miroir. Il n’en eut pas le temps. Vladimir lâcha :

- « Attachez-le et bâillonnez le. Je ne veux plus entendre ce maudît insecte et encore moins qu’il puisse me nuire à nouveau. Puis, s’adressant directement à lui : Ton collègue n’a pas dû te transmettre le message il y a quelques mois. Tu vas connaître le même sort que tes complices. »

Il se retourna violemment pour s’adresser cette fois à ces deux gorilles, les yeux injectés de sang :

- « Dès que nous en aurons fini ici, vous irez lui broyer les jambes avec sa voiture, comme il a pu faire à Oleg ; Ensuite, vous irez le couler jusqu’aux genoux dans le béton avant de la jeter dans la Seine. Toi, s’adressant au premier garde du corps, tu fouilleras et tu prendras sa voiture. Tu te chargeras de son maquillage avant de la recycler. Quant à toi, s’adressant à l’autre garde du corps, tu t’occuperas de notre ami en le ramenant à la cave après que vous vous soyez occupés de ses jambes. N’oubliez pas les sacs poubelles pour envelopper le tout, je ne veux pas de trace. Je compte sur votre discrétion, vous n’êtes plus des amateurs… Ce soir, quand nous ferons le point à la maison, nous décortiquerons le répertoire de son téléphone portable et l’historique de ses messages et appels. On va faire parler ce Qtek pour remonter jusqu ‘à Keller! C’est moi qui vous le dit…»

Les deux molosses se contentèrent d’un hochement de tête en guise de réponse. Ils esquissaient un sourire sadique en molestant et en attachant leur future victime qui tentait vainement de se débattre.

L’attention de Vladimir se portait maintenant sur l’entrée de l’Eglise. Il alluma un nouveau cigare. L’emplacement du taxi aux vitres fumées était parfait pour voir sans être vu.

A l’intérieur de l’Eglise, Paul faisait les cents pas et ne cessait de consulter sa montre. Sue, qui était assise près de l’Office, semblait récupérer un peu d’énergie en serrant entre ses deux dans sa main une des bibles de la paroisse.

Il était maintenant 18h10 à la montre de Paul. L’impatience se lisait sur son visage. Il s’immobilisa devant les portoirs de cierges et tâta machinalement ses poches avant de se tourner vers son « amie » :

- « T’aurais pas 2€, je n’ai plus un Suellen… ».

La nervosité avait fait réapparaître chez Paul un sens de l’humour qui lui était bien propre : des blagues à deux balles qui ne font rire personne à par lui. C’était le cas de Sue. Elle n’esquissa pas l’ombre d’un sourire. Elle lui tendait simplement la pièce. Paul n’insista pas et son visage se referma aussi sec. Il mis la pièce dans l’urne et s’empara d’un gros cierge. Sans doute un signe du destin, il dû s’y reprendre à trois fois avant de parvenir à l’allumer. Il l’installa sur le portoir puis, tout en fermant les yeux, se replongea dans sa réflexion : ses enquêtes, ses trahisons… Tout le travaillait de plus en plus. Il sentait naître en lui un besoin urgent de se soulager, de tout raconter à celle qui le considérait comme son ami, son confident. Après tout, il avait bien réussi à parler à sa fille, Sally. Parler à la mère ne devrait pas être plus difficile, d’autant plus qu’il était convaincu au plus profond de lui-même, de ne pas avoir peur d’une quelconque réaction de Sue. Quand il rouvrit les yeux, sa décision était prise. Il vit soudain la flamme de son cierge vaciller puis s’éteindre. Un courant d’air avait traversé l’Eglise de part en part. Paul sentit un frisson parcourir son dos. Quelqu’un venait d’entrer…


* : Fils de pute

9 commentaires dimanche 2 septembre 2007



Dans l’appartement de Steve, Suelen était absorbée par les explications de Paul. Lui même n’avait pas remarqué que l’heure avait tournée :

- « Putain 17h50 ! Steve m’attend dans 10 minutes à Alésia. Je ne serai jamais à l’heure ! Il faut que je file tout de suite. Que fais-tu Sue ?

- Je viens avec toi ! »

Paul aurait souhaité s’y rendre seul. Mais par gentillesse et parce qu’il ne voulait pas la froisser, il se plia à sa volonté et se contenta d’un hochement de la tête pour réponse.

Ils claquèrent la porte puis dévalèrent les escaliers. Sue, qui avait beaucoup de mal à suivre le train d’enfer de Paul, perdait du terrain inexorablement.

Paul, qui ne s’était pas retourné, avait pris quelques secondes d’avance. Il se pointa seul dans la rue.

L’homme qui attendait depuis presque une heure dans sa voiture esquissa un sourire sadique. Il alluma le gros moteur de son Audi A6 3.0L tDi violette et se dégagea lentement de sa place de parking. Sue sortait à peine de l’immeuble quand Paul commençant à traverser la rue en lui cria :

- « Ma voiture est juste en face, c’est la bouse verte là-bas ! »

Dans la rue, l’Audi prenait de la vitesse. D’un coup sec sur l’accélérateur, l’homme libera les 230ch dans un vacarme infernal. Le bruit assourdissant du moteur pétrifia Paul au milieu de la rue. Sue, qui voyait déjà Paul sous les roues de la puissante berline poussa un cri de terreur quand tout à coup, Oleg, venant du trottoir opposé traversa rapidement la rue et poussa Paul sur le capot de la voiture blanche garée devant le N°31. L’élan du vieil homme n’étant pas suffisant, il lui manqua quelques centimètres pour se mettre à l’abri lui aussi, ce qui n’échappa pas au conducteur de l’Audi. D’un coup de volant, il broya les jambes d’Oleg entre les deux véhicules. Le geste, d’une précision rare, n’avait entraîné quasiment aucun dommage matériel. Son Audi n’avait même pas touché l’autre voiture. Aucune trace de peinture ne serait ainsi visible.

Alors que le vieil homme s’écroulait, Paul, jusqu’alors un peu abasourdi, reprenait lentement ses esprits. L’Audi était déjà très loin. Il se redressa sur le capot et ne pu constater que l’ampleur du désastre.

Profitant de l’état de panique qui avait envahit la rue, Paul, descendu du capot, prit Suelen en pleur par la main :

- « Viens, on file à ma voiture. Des passants ont déjà appelé les secours, on a plus rien à faire ici ! »

Paul poussa les rapports, et la petite Saxo, dans un vacarme pas possible, quitta à son tour la rue à une vive allure en direction d’Alésia, précédée de quelques minutes par l’Audi A6.

4ème arrondissement, 5 mois plus tôt :

Oleg, referma la porte après avoir salué Sally. Sans dire un mot, il l’emmena vers le salon au bout du couloir, au pied du grand escalier :

- « Il vous attend là-haut… »

Il ? Mais de qui parle t-il, se disait intérieurement Sally ? Elle fixa Oleg avec de grands yeux interrogateurs.

- « Allez, vous ne le regretterez pas… »

Sally saisit la rampe en or massif et escalada lentement les marches qui menaient au plateau supérieur.

Une voix la guida jusqu’à un deuxième salon. Un homme grand et maigre l’y attendait. Il se tenait devant une grande fenêtre. Le contre-jour empêchait Sally de voir son visage de manière distincte. A la manière du « Retour du Jedï », il annonça d’une voix grave et sûre :

- « Bonjour Sally ! Je suis ton père ».

La jeune femme qui était restée muette depuis son entrée dans l’appartement restait bouche bée.

Vladimir se lança alors dans un long récit détaillé, sa relation avec Sue, sa mère, son appartenance à l’ Organizatsiya, Организация en cyrillique, ou Mafia Rouge. Lorsqu’il rencontra Suelen pour un soir, il n’était alors qu’un simple pion de la pieuvre. Pour intégrer l’organisation, il avait du se soumettre aux rites initiatiques. A l'instar des Yakuzas au Japon, il avait du se faire tatouer le signe de distinction, preuve de son appartenance au groupe. Petit a petit, il a gravi les échelons de l’organisation. C’est lors de la Perestroïka, la restructuration sous Gorbatchev, que Vladimir, connaissant les rouages du système d’une Union Soviétique sur le déclin et en association avec des hommes de "l'anti-système" constitua en occident un maillon incontournable de la Mafia Russe avec pour activités principales : trafic de drogue et d'armes, blanchiment d'argent, prostitution et proxénétisme. Evoluant avec l’air du temps, sa « filiale » s’est peu a peu spécialisée dans le passage de clandestins, les enlèvements, les extorsions, la corruption de fonctionnaires et personnalités politiques, puis l'infiltration d'entreprises et le "cyber-crime", comme l'utilisation frauduleuse de cartes de crédit et le vol d'informations confidentielles. Le début de son ascension, il la devait à l’adjoint du Parrain (appelé aussi " Brigadier") de l’époque, qui n’était autre que John Keller. Le Brigadier était alors étroitement surveillé et contrôlé afin qu'il ne prenne trop d'importance et qu'il ne représente une menace directe pour son Parrain. C’est justement Vladimir qui fut chargé par le Parrain de la surveillance de John.

Sally écoutait consciencieusement, pour ne pas perdre une miette du récit. C’était comme si elle découvrait une partie de sa propre vie. Vladimir s’attardait longuement sur ses relations avec John Keller. Alors qu’il racontait comment, un jour, par loyauté envers le Parrain il avait dû trahir son ami, le téléphone sonna.

6 commentaires samedi 14 juillet 2007

Suelen Keller avait la cinquantaine passée. Bien qu'un peu mince, elle était plutôt bien conservée pour son âge, et en paraissait, dans les bons jours, bien dix de moins. Son joli visage recouvert d'une peau de pêche à croquer, était souvent caché sous ses longs cheveux bruns.

Elle avait 16 ans lorsqu'elle rencontra Vladimir, un jeune homme mystérieux d'origine russe. Cette histoire d'un soir se transforma en réel cauchemar pour Sue. Neuf mois plus tard, elle se retrouvait seule pour accoucher dans la douleur d'une petite fille, au pied de l'Eglise d'Alésia. Trop jeune à l'époque et surtout dans l'incapacité la plus totale de subvenir aux besoins de sa fille et d'elle même, elle s'était résignée à l'abandonner à la DASS. Ce fût une vraie déchirure pour elle, et cette séparation fut suivie d'une longue période de dépression.

Sue ne doit son salut qu'à l'apparition d'un autre homme dans sa vie, John Keller, un jeune Allemand venu travailler et s'installer en France. John était un peu plus âgé que Sue. Il avait toujours prétendu travailler pour Siemens, mais la réalité était bien différente... Mais ça, Sue ne le sut jamais.

Au fil des années, ils avaient appris à se connaître, à s'apprécier et à partager des bons moments ensemble. Très vite, les deux amis qu'ils étaient devinrent amants. John fit une demande en mariage dans les règles de l'art. Le bébé tant attendu qui ne vint jamais raviva la blessure antérieure de Sue. Un long travail sur elle même, à coup de séances de psy, finit par la convaincre qu'elle n'aurait plus jamais d'enfant. Quand la solution de l'adoption fut proposée au couple Keller, Sue pensa que ce pourrait être un bon moyen de réparer, comme elle le considère aujourd'hui, son erreur du passé. C'est John qui s'occupa de toutes les démarches.
Steve leur fut confié très rapidement. Le bonheur effaça toutes les interrogations de Suelen : elle venait d'avoir un fils...

Tout se passait pour le mieux du monde pour elle jusqu'à ce que Steve entreprenne ses recherches sur ses parents biologiques. Ce fut John qui eut la réaction la plus violente. Ce fut sans doute à l'origine de la rupture du couple Keller. Quelques mois plus tard, Suelen perdit tout contact avec John, et Steve, devenu indépendant et très affecté par la séparation, s'était lui aussi éloigné d'elle. C'est à ce moment qu'elle entreprit ses recherches pour retrouver sa fille. Avec l'aide d'amis bien placés, sa démarche ne fut pas longue. Très vite, Sue put mettre un nom et un visage sur sa fille, celle qu'elle avait abandonnée une trentaine d'années plus tôt.

C'est par l'intermédiaire de Paul que Sue avait encore des nouvelles de son fils adoptif. Lorsqu'il était plus jeune, Paul, en tant que meilleur ami de Steve, passait énormément de temps au domicile des Keller. C'était même devenu sa deuxième maison. Avec le temps, Paul était resté très proche de Sue, à tel point qu'il était même devenu son confident. Il était peut-être le seul, avec John Keller, à connaître l'existence de sa fille.

Sue regardait un épisode de "Desperate Housewives" lorsque son téléphone sonna. C'était Paul. Ce qu'il lui rapporta lui glaça le sang. Elle était comme pétrifiée, incapable de bouger ne serait-ce qu'un doigt:
-"Sally... Morte..."
Paul avait peut-être commencé un peu fort. Sue se recroquevillait dans son fauteuil à l'écoute des paroles de Paul, qui détaillait point par point le contenu de son entretien avec Steve :
-"Steve a de gros ennuis. Je passe chez lui chercher le sac, il faut que je fasse vite. On fait comme on a dit. Je te laisse... Je suis désolé pour Sally..."
Sue raccrocha sans dire un mot. Elle venait de revoir défiler ses trente-cinq dernières années en trente secondes. L'annonce de la mort de Sally l'avait toute retournée et avait creusé de profonds sillons sur son visage légèrement amaigri. Depuis peu, Sue se savait rongée pas la maladie. Les séances de chimiothérapie qu'elle suivait de manière plus ou moins assidue, commencaient à l'affaiblir considérablement...

4 commentaires dimanche 3 juin 2007

Il avait vu cette scène tant de fois à la télévision que cela lui paraissait être une simple formalité. Steve s'agrippa à la poignée de la porte arrière de la camionnette qui avait dû ralentir consécutivement au choc.

"Ne bouge pas !" Lui cria Moustache qui s'avançait vers lui. Et, alors qu'il s'apprêtait à le saisir, Steve arracha d'un coup sec la lanière qui retenait la clé USB que le gros policier portait autour du coup. Pourquoi ? Il n'en savait rien. Sans toute pour avoir l'impression de se tenir à quelque chose et d'amortir la chute qu'il sentait arriver bientôt. La poignée pivota et la porte s'ouvrit brutalement. Steve se laissa glisser et s'éjecta de la camionnette.

La réalité était bien plus dure que la fiction et le bitume était là pour le lui rappeler. Mais comment faisaient-ils pour se relever immédiatement dans les films ? Machinalement et sûrement par instinct de survie, Steve s'était protégé la tête. Ce fut sans doute le choc le plus dur qu'il eut à endurer jusqu'ici.
s'éloigner. Elle ne s'était pas Après trois-quatre roulés-boulés et cinq secondes pour reprendre ses esprits, Steve vit la camionnettearrêtée mais il vit cependant les yeux rouges de Moustache remplis de colère. Il semblait baragouiner quelques noms d'oiseaux en essayant de fermer la porte.

Steve, les coudes ensanglantés, se releva. Quelques passants curieux vinrent à sa rencontre mais il refusa tout contact et il se mit à courir. Courir pour oublier, courir pour s'échapper et échapper à la machine infernale qui venait de se lancer et dont il ne savait, malheureusement pour lui, encore strictement rien.
Tout en courant, Steve éprouvait un besoin énorme de faire le point. A qui faire confiance, il ne savait plus. Il ne pouvait plus retourner chez lui, car Moustache, qui devait en savoir encore beaucoup plus sur lui, savait ou il habitait. Dormir à l'hôtel semblait être la meilleure alternative. Par chance, il avait encore sur lui son portefeuille avec une centaine d'Euros en liquide. Plus question d'utiliser sa carte, tout du moins pas dans l'immédiat. Ça laisse trop de traces. Restait à trouver l'hôtel.

Après trente minutes de course effrénée Steve s'arrêta. Tout comme plus tôt dans la matinée, il pouvait sentir son coeur taper et résonner dans tout son corps. La clé USB qu'il serrait fermement accentuait encore plus l'effet au niveau de sa main droite :

"Je l'avais presque oubliée celle là" se disait-il intérieurement.

Le Cybercafé qui se tenait au coin de la rue était l'endroit idéal pour en consulter le contenu. Il prit place en face d'un vieux Pentium III isolé. Avant de la connecter, il prit quelques secondes pour l'ausculter. Il s'agissait d'une clé USB de 1 Go en acier finition palladiée et composite noir, d'un design somme toute très classique et sobre. Sur la face avant était gravé le nom de la marque : "Cartier".

"Pourquoi mettre autant dans une simple clé ?" se disait Steve.

Steve ôta le capuchon pour introduire la clé dans le port USB et commença à parcourir les dossiers dont le contenu lui parut pour le moins surprenant...

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