Bienvenue

A la manière des cadavres-exquis, tout en usant de règles adaptées à notre convenance, nous tentons d'écrire ici une histoire à la fois anonyme et multi-voix.

Impossible de vous en faire un résumé, et pour cause...

... nous même ne savons pas tout ceci va nous mener !

11 commentaires dimanche 10 juin 2007

Manger... Depuis hier soir et les quelques litres de bières à peine épongés par un "grec frites sauce blanche avec oignons" plus que douteux, Steve avait le ventre vide. Cette soirée d'adieu à Eliott, son ami de toujours, était d'ailleurs une vraie réussite. Toute la bande s'était réunie au ManRay près des Champs Elysées pour fêter sa mutation à Shangaï. Steve se souvenait à peine qui l'avait ramené chez lui. Sa voiture avait dû rester garée dans le parking hors de prix jouxtant les beaux quartiers... La voiture justement ! Comment la récupérer ? Steve chercha un téléphone public pour appeler Paul. Il lui fallait vraiment de l’aide, mais surtout un moyen de fuir cette histoire de fous !

Premier problème... et de taille... il n’existe plus de cabine à pièces dans Paris ! Il était trop tôt pour utiliser sa carte bleue, alors il entra dans le premier Tabac qu’il rencontra. Muni de son sésame préhistorique, il se dirigea vers la cabine téléphonique de la rue de la tombe Issoire. Une odeur de pisse et de clope l’encouragea à composer au plus vite le numéro du portable de Paul. Steve s’étonna d’ailleurs de le connaître par cœur ! Mais après tout, ils étaient amis depuis le collège. Première sonnerie. L’air vicié de la cabine lui rappela qu’il avait toujours le ventre vide. Deuxième sonnerie. Il ouvrit la double porte de la cabine pour respirer. Troisième sonnerie. Une voiture de police passa toutes sirènes hurlantes devant lui. Steve se tourna pour cacher son visage. Encore une fois, il constata qu’à trop regarder les thrillers au cinéma, on en devient parano. La voix mécanique de Paul. Bordel ! Le répondeur ! Que faire ? Laisser un message et convenir d’un RDV ? Et si ses « ennemis » venaient à l’entendre ? Il risquait de se faire choper. Le bip habituel retentit. Il se lança :

Paul, c’est Steve. J’ai besoin de toi mon pote. Je ne sais pas ce qu’il se passe, mais je vis une journée de dingue. Il faut que je te vois et que je récupère les clés de ma bagnole. Retrouve-moi où nous avions l’habitude de sécher les cours au lycée. Cet après-midi à 15H. Tu sais, pendant les cours de Philo... Voilà... J’ai vraiment besoin d’aide. J’ai perdu mon portable alors ne cherche pas à me joindre dessus. Et surtout, ne dis à personne que tu m’as eu, d’accord ? A personne...

Il raccrocha, terriblement déçu de n’avoir pas pu parler à son ami. Il retentera un peu plus tard. Steve prit quelques minutes pour engloutir un jambon-beurre en consultant le plan qu’il avait trouvé sur la clé USB. La flèche indiquait l’entrée de l’église de la Place d’Alésia. Il connaissait bien le quartier pour y avoir vécu un an en collocation. Cependant, il n’avait jamais mis les pieds à l’intérieur. Que signifiait cette mascarade ? Pourquoi ce rendez-vous là-bas, ce soir ? Athée endurci, il ne connaissait pas bien le fonctionnement des lieux de culte, mais l’église sera sans doute fermée à cette heure-là. En plus, il n’avait ni le sac, ni le soutien des forces de l’ordre… Sur ce coup-là, il était vraiment seul !

Midi. Plus que 9 heures pour aller chercher le sac dans son appartement. Mais avant ça, Steve voulait se rendre au point de rendez-vous pour connaître les lieux. Il mit quelques minutes à arriver devant l’Eglise Saint-Pierre. Hormis une jeune femme rousse, très jolie, qui aidait une personne âgée à se relever d’une chute ridicule sur le trottoir, seuls quelques touristes asiatiques allaient et venaient dans les rues. Décidément, la ville est calme ce matin… Il regarda attentivement autour de lui. Des cafés, une grande brasserie, le Zeyer, qu’il connaissait bien, le cinéma, un Mac Donald, des boutiques de mode… Autant de planques et de recoins où il se sentait épié… Il contourna la porte principale de l’Eglise pour en trouver une éventuelle entrée dérobée. Rien sur le flanc droit. Il se rendit sur l’autre versant. Et aperçut un groupe de ce qu’il prit tout d'abord pour des prêtres, discuter devant une petite porte en fer rongée par la rouille. Il resta suffisamment loin de la scène et se cacha entre deux voitures pour observer si ces personnes pouvaient être concernées par le rendez-vous de ce soir. Rien ne paraissait anormal. Sauf peut être cette femme qui s’approchait du groupe d’un pas assuré… Il dut réprimer un cri de stupéfaction quand il reconnut sous la toge sombre le visage d’une personne qu’il connaissait bien. Le visage de Suelen Keller. Sa mère adoptive...

10 commentaires lundi 4 juin 2007

Dans le premier dossier, il retrouva en format numérique les photos qu'il avait déjà trouvées dans le sac. Il les parcourut rapidement. C'était bien les mêmes. Elles semblaient y être toutes. Y compris celle qui l'avait tant choqué. Il n'en revenait toujours pas : jusqu'à ce matin, il pensait vraiment que cette partie de sa vie n'était plus qu'un lointain et mauvais souvenir…

Dans le deuxième dossier, il retrouva le texte qu'il avait tenu en main le matin même. Cette fois-ci il était dactylographié. Quelqu'un avait donc recopié l'exemplaire manuscrit qui se trouvait dans le sac. Steve n'était certes pas un geek, mais il savait cependant qu'un ordinateur connecté à Internet pouvait lui apprendre beaucoup sur la langue dont le manuscrit était fait. Il ne savait pas exactement comment traduire un texte de plusieurs pages, mais il pouvait toujours tenter un google translate sur une phrase prise au hasard. Il saurait au moins si c'était une langue répertoriée, ou un code. "Tiens, prenons la première phrase, par exemple…"

Lumière. Contrairement à ce qu'il s'était bêtement imaginé quelques heures plus tôt, ce n'était pas un code secret... C'était du Russe. Et d'après la piètre traduction du moteur de recherche, ça signifiait "Copie du rapport intérieur à la raison de la surveillance du sujet homme SK"… Malgré son mal de tête tenace, Steve comprit instantanément que ce texte était tout bonnement un relevé de ses faits et gestes ces derniers temps. Et à en croire les photos, ces derniers temps remontaient à plusieurs années… "Qu'est ce c'est que ce cirque ?… A l'occase, faudra bien que je traduise tout ça comme il faut !" se surprit-il à marmonner tout haut. De fait, il se sentait étonnement serein au regard de l'absurdité de la situation. "Voyons la suite".

Le troisième dossier était moins volumineux : il contenait seulement la copie d'un plan mappy, avec une note : "SK - RDV dimanche 26 mai 21 H. N'oubliez pas le sac". Une flèche partait du texte et aboutissait à un point précis du plan. Machinalement, Steve tata les poches de son jeans à la recherche de son portable : il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était.

"Mon portable ! Les fêlés de la camionnette l'ont gardé !". Il songea alors que le message qu'il n'avait pas écouté avait peut-être un rapport avec tout ça. Il songea qu'à l'occasion il devrait trouver un moyen de l'écouter. Puis il songea que tout ça était absurde et qu'il allait certainement se réveiller, ou apercevoir Marcel Bélivot dans un coin du Cybercafé. Son esprit commençait de nouveau à s'embrouiller. Il songea alors à prévenir la police. Mais depuis que le "policier-charcutier" lui était tombé sur le râble, il ne savait pas précisément dans quel camp la police était. Il songea d'ailleurs qu'il ne savait pas vraiment dans quel camp il était lui-même.

L'ordinateur indiquait 10H40. Ça lui laissait du temps. Mais d'abord, il lui fallait récupérer le sac. Il imprima rapidement le plan, et fourra la clé USB dans la poche arrière de son jeans. Dans un éphémère instant de lucidité, il songea, enfin, que certains réflexes commençaient à lui revenir.

4 commentaires dimanche 3 juin 2007

Il avait vu cette scène tant de fois à la télévision que cela lui paraissait être une simple formalité. Steve s'agrippa à la poignée de la porte arrière de la camionnette qui avait dû ralentir consécutivement au choc.

"Ne bouge pas !" Lui cria Moustache qui s'avançait vers lui. Et, alors qu'il s'apprêtait à le saisir, Steve arracha d'un coup sec la lanière qui retenait la clé USB que le gros policier portait autour du coup. Pourquoi ? Il n'en savait rien. Sans toute pour avoir l'impression de se tenir à quelque chose et d'amortir la chute qu'il sentait arriver bientôt. La poignée pivota et la porte s'ouvrit brutalement. Steve se laissa glisser et s'éjecta de la camionnette.

La réalité était bien plus dure que la fiction et le bitume était là pour le lui rappeler. Mais comment faisaient-ils pour se relever immédiatement dans les films ? Machinalement et sûrement par instinct de survie, Steve s'était protégé la tête. Ce fut sans doute le choc le plus dur qu'il eut à endurer jusqu'ici.
s'éloigner. Elle ne s'était pas Après trois-quatre roulés-boulés et cinq secondes pour reprendre ses esprits, Steve vit la camionnettearrêtée mais il vit cependant les yeux rouges de Moustache remplis de colère. Il semblait baragouiner quelques noms d'oiseaux en essayant de fermer la porte.

Steve, les coudes ensanglantés, se releva. Quelques passants curieux vinrent à sa rencontre mais il refusa tout contact et il se mit à courir. Courir pour oublier, courir pour s'échapper et échapper à la machine infernale qui venait de se lancer et dont il ne savait, malheureusement pour lui, encore strictement rien.
Tout en courant, Steve éprouvait un besoin énorme de faire le point. A qui faire confiance, il ne savait plus. Il ne pouvait plus retourner chez lui, car Moustache, qui devait en savoir encore beaucoup plus sur lui, savait ou il habitait. Dormir à l'hôtel semblait être la meilleure alternative. Par chance, il avait encore sur lui son portefeuille avec une centaine d'Euros en liquide. Plus question d'utiliser sa carte, tout du moins pas dans l'immédiat. Ça laisse trop de traces. Restait à trouver l'hôtel.

Après trente minutes de course effrénée Steve s'arrêta. Tout comme plus tôt dans la matinée, il pouvait sentir son coeur taper et résonner dans tout son corps. La clé USB qu'il serrait fermement accentuait encore plus l'effet au niveau de sa main droite :

"Je l'avais presque oubliée celle là" se disait-il intérieurement.

Le Cybercafé qui se tenait au coin de la rue était l'endroit idéal pour en consulter le contenu. Il prit place en face d'un vieux Pentium III isolé. Avant de la connecter, il prit quelques secondes pour l'ausculter. Il s'agissait d'une clé USB de 1 Go en acier finition palladiée et composite noir, d'un design somme toute très classique et sobre. Sur la face avant était gravé le nom de la marque : "Cartier".

"Pourquoi mettre autant dans une simple clé ?" se disait Steve.

Steve ôta le capuchon pour introduire la clé dans le port USB et commença à parcourir les dossiers dont le contenu lui parut pour le moins surprenant...

4 commentaires samedi 2 juin 2007

Alors qu’il s’apprêtait à s’élancer vers le parc, perdu dans ses pensées cauchemardesques, il n’avait pas senti venir la menace. Une main bourrue, venue du monde réel avait accroché le col de son T-shirt, faisant craquer le tissu et sa nuque, pendant qu’un poing s’abattait lourdement sur ses reins.


Steve s’écroula, considérablement sonné par le choc, mais pas assez pour ne pas reconnaître la moustache et le visage ruisselant de sueur du ‘poulet-charcutier’ qui l’avait interrogé chez lui. Rebondissant contre le genou du flic qui passait malheureusement mais judicieusement par là, sa tête alla finir contre la bordure du caniveau. Il perdit connaissance.

rbbrrbgrrr1bgrr crieii cqrliïigr bgrgrrrrbbhrrrrbbbbbrrrrrbbrbrbhhhrb

"Hein, quoi ??"

La fourgonnette roulait à vive allure. Le grondement des roues sur les pavés, le crissement des freins avaient fini par le réveiller. Sa tête rebondissait sur le sol, froid et métallique, ensanglanté.

Une voie féminine, s’exprimant dans les sonorités des langues de l’Est, bouillie de russe, de bulgare ou de slave s’éleva derrière lui, semblant l’interroger.
Se retournant, Steve découvrit la femme. "Exactement le même type que la morte. Putain, elle ressemble encore plus à Linda !" La ressemblance était troublante. A côté d’elle se trouvait le flic à la moustache et un petit homme aux cheveux rouges qui traduisit :

- Écoute bien Keller, on veut juste savoir deux choses. D’abord quel est ton code PIN ?
- Hein ?
- Putain déconne pas, donne nous le code.

Steve vit alors que le gros moustachu jouait machinalement avec son téléphone et la clef USB et il comprit ; ils voulaient le message mais la chute devait avoir éteint le portable.

- Ça vient ?

Moustache fit mine de s’avancer vers lui, mais la femme arrêta son geste d’un regard.

Steve commençait à s’énerver. L’incohérence des événements de la matinée qui l’avait jusqu’alors abasourdi avait fini de faire son effet et il se sentait désormais capable de lutter. Acculé, sans autre solution, il cracha pourtant ce maudit code.
Les doigts patauds de Moustache le composèrent. La femme s’empara du téléphone et le porta à son oreille.
Alors qu’elle écoutait le message, son visage se détendit. Contre toute attente, à la fin du message, elle rigolait. "La conne !"
Toujours dégoulinant de sueur, Moustache hésitait entre garder son calme et rire. Alors qu’il esquissait un grognement, le petit homme aux cheveux rouges lui fit fermer son groin d’un regard froid et porta son attention vers Steve.

- Deuxième chose : Qui était la fille ce matin chez toi ?

La fourgonnette rencontra brutalement un obstacle : une poubelle, un trottoir ou un être humain, peu importait finalement. Le mouvement du véhicule fit rouler Steve vers la portière. Il n’hésita pas.

8 commentaires mercredi 30 mai 2007

L'air frais du matin lui fit sentir combien sa tête était en ébullition depuis son réveil.

Ses pas résonnaient sur le trottoir encore désert à cette heure, surtout un dimanche : il avait l'impression de se déplacer à l'intérieur d'un nuage de coton. Tout se bousculait encore et encore, les mêmes images revenant inlassablement : la peau laiteuse de cette fille, ses yeux vides au moment de sauter, ces lettres incompréhensibles et toutes ces photos... Cette photo notamment... Il ne l'avait vue qu'après le pénible interrogatoire que la brigade des flics lui avait fait subir : il avait du reprendre tout depuis le début, quasiment minute par minute. Celui qui l'avait questionné, l'inspecteur chargé de l'enquête sans doute, avait plus le physique d'un charcutier que d'un fin limier : gros, de taille moyenne, un visage rougeaud que le propriétaire avait cru utile d'orner d'une courte moustache noire tombant sur des lèvres épaisses... Un visage qu'il avait du affronter pendant 45 minutes au cours desquelles il avait tout dit, à un détail près : pas l'ombre d'une allusion au sac et à son contenu.

Pourquoi avait-il caché cela ? il n'en savait trop rien. La crainte de nouvelles complications sans doute. Le dégoût aussi que lui inspirait ce qu'il avait découvert. Bon dieu cette photo !...

Un crissement de pneus le sortit violemment de sa rêverie et le capot luisant d'une BMW décapotable rentra dans son champ de vision : "Hey mec, tu regardes jamais quand tu traverses ?!"
"Euh... désolé", bredouilla-t-il rapidement avant de gagner le trottoir. "Putain il faut que je me calme !" Son coeur cognait comme un sourd dans sa cage thoracique.

Il avait fini par déboucher dans la rue de la Santé, et devant lui se dressait l'imposant bâtiment qu'il connaissait bien. "L'hôpital Sainte Anne, tu parles ! C'est là que je vais finir si ça continue... chez les fêlés !" Il tourna à gauche et accéda 30 secondes plus tard à un carrefour : là-bas, à une centaine de mètres, se découpait l'entrée du parc Montsouris. Il regarda sa montre : huit heures et demi passé. En cette période estivale, il savait que le parc ouvrait tôt. Il avait l'habitude. C'était son lieu préféré, son havre de paix. Et il avait vraiment besoin de paix.

Tandis que ses pas le portaient lentement vers le parc, son esprit se remit à fonctionner : ces signes, cet alphabet... Il n'y avait rien compris et pourtant... et pourtant il avait cette impression de déjà-vu, comme si cette calligraphie lui était malgré tout familière. Une nouvelle image s'imposa à lui : "Et cette saloperie de photo! Comment avaient-ils pu?..."

La grille du parc s'offrait à son regard mais il s'arrêta net.

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