Bienvenue

A la manière des cadavres-exquis, tout en usant de règles adaptées à notre convenance, nous tentons d'écrire ici une histoire à la fois anonyme et multi-voix.

Impossible de vous en faire un résumé, et pour cause...

... nous même ne savons pas tout ceci va nous mener !

5 commentaires samedi 25 août 2007


Dans l’appart, tout semblait en ordre. Suivant les instructions de son ami, Paul trouva rapidement le sac dans le bac à linge, sous les vêtements sales. L’odeur de transpiration qui émanait des chemises de Steve ne lui était pas du tout désagréable.

Paul respira profondément. Depuis sa discussion au bistrot avec Steve, il avait eu peu de temps pour réfléchir. Machinalement, il se pencha vers l’unique fenêtre de l’appartement et son regard se projeta sur la ville. La journée était calme, seuls les klaxons lointains de Denfert rappelaient l’agitation incessante des boulevards parisiens… Une mobilette passa au dessous de l’appartement…La suivant du regard, Paul la vit alors dépasser le vieillard fatigué qui remontait la rue. De dos, il reconnu la silhouette, la démarche et le chapeau mou caractéristique d’Oleg…

A ce moment, la porte de l’appartement s’ouvrit.

Une voie triste et lasse.

- Bonjour Paul

- Sue ! Je viens de voir Oleg par la fenêtre

- Qui ?

- Oleg Smerdanov, tu sais l’ami de mon grand- père qui m’a aidé à retrouver Sally !Oh je suis désolé Sue pour Sally.

Après quelques pas lourds, Suellen s’écroula lourdement sur la seule chaise de l’appartement.

- C’est donc là que Steve habite… Paul qu’est ce qui se passe ?

- J’en sais rien, Steve est dans une belle merde, mais j’ai l’impression qu’il n’y est pour rien.

Paul raconta alors les événements de la journée à l’exception de sa rencontre passionnée avec Sergueï et de la photo trouvée dans le portefeuille. En y repensant, il lui vint tout de même à l’esprit que seul Serguei pouvait y avoir glissé la photo. Il ne parla pas non plus de l’autre photo, c’était à Steve d’en parler à sa mère…
A mesure qu’avançait sont récit, le corps de Sue s’avachissait de plus en plus dans l’inconfortable dossier de la chaise.

Paul continua :
Il y a un an à peu près j’ai contacté un ami de mon grand père qui a de nombreux contacts en Russie. Oleg Smerdanov. Il trempe dans des histoires de mafia mais il a une dette envers mon grand père et dans cette histoire, je pense que c’est une personne en qui on peut avoir confiance. Je ne sais pas ce qu’il foutait là en bas, mais il doit avoir une bonne raison.
Bref, grâce à je ne sais quelle entourloupe, il a retrouvé Vladimir le père de Sally. Je ne voulais pas t’en parler à cause du mal qu’il t’a fait mais c’est grâce à lui que j’ai pu retrouver Sally.
En décembre, Sally est venue chez Oleg, je l’ai rencontrée chez lui. Bref, je lui ai dit qui était sa mère, qu’elle avait un frère, que tu souhaitais la rencontrer. Comme tu le sais elle était d’accord mais avait besoin de temps. Elle devait me recontacter. Avant hier, elle m’a appelé, elle voulait voir Steve…Tout à l’heure je n’ai pas eu le cœur de lui dire qu’il avait une sœur et qu’il venait de la voir.



4ème arrondissement, 5 mois plus tôt


En arrivant devant le n°3 rue du trésor, Sally se demanda si elle ne s’était pas trompée. Elle sortit le carton de son sac :


Oleg Smerdanov

Violoncelliste

3 rue du Temple – Paris 4è


C’est pourtant bien ça. Il paye pas de mine le bonhomme mais il doit vraiment bien gagner sa vie pour habiter ici ! Sur cet euphémisme elle sonna donc.

De l’autre côté de la porte, au bout du couloir dans le salon, l’homme habillé en costume de velours bleu ciel finit d’une gorgée son verre de whisky. Se dirigeant rapidement vers l’escalier monumental montant aux étages, il dit : C’est l’heure Oleg, va ouvrir à ma fille.

1 commentaires vendredi 24 août 2007


"Putain, bouge ton taxi connard!". D'un geste sec, Paul rétrograda en seconde puis dépassa la mercedes grise qui s'était arrêtée juste devant lui pour déposer un passager: un grand geste du bras vint exprimer son mécontentement, tandis que le moteur de la Saxo rugissait pour quitter au plus vite la place Denfert Rochereau. D'un naturel posé, Paul devenait tout de suite plus nerveux -comme bon nombre de mecs - lorsqu'il prenait le volant: conduire dans Paris n'était pas des plus reposant, et son trajet depuis les Champs-Elysées commençait à lui porter sur les nerfs. Heureusement, l'appart de Steve n'était plus très loin.

La quiétude d'une fin de journée. A une trentaine de mètres, sur le trottoir opposé, un vieux bonhomme à chapeau mou jetait des bouts de pain à une volée de pigeons. Aucun bruit de véhicule. Une conversation animée se fit entendre de plus en plus nettement, et deux asiatiques dépassèrent la voiture, discutant avec moult gestes, dans une langue que l'homme reconnut immédiatement comme étant du chinois. Il les regarda s'éloigner, puis sa main droite vint délicatement enlever une légère poussière qui s'était posée sur sa veste noire. Son oreille exercée distingua l'arrivée d'un véhicule dans la rue Daviel: une poignée de secondes plus tard, une Saxo verte passa, pour finalement s'arrêter au niveau d'un espace libre le long du trottoir. L'homme se surprit à penser qu'il n'y avait sans doute que le violet qui pouvait être plus laid pour une carosserie, mais son attention se resserra bientôt sur le jeune homme qui descendait de la Citroën. Ce dernier avait jeté un rapide coup d'oeil autour de lui puis s'était dirigé vers le numéro 31, immeuble dans lequel il s'engouffra après avoir composé le code de la porte d'entrée.

5 minutes passèrent, puis 5 autres. L'homme ne semblait pas vouloir bouger. Ses yeux couleur d'ambre semblaient vissés sur la porte de l'immeuble, mais devinrent subitement fixes. Là-bas, sous le n°31, une femme mince aux longs cheveux noirs venait de s'arrêter: elle sembla hésiter légèrement puis s'engouffra à son tour dans l'immeuble. Sur le visage de l'homme, un imperceptible sourire se dessinait.


4e arrondissement, 5 mois plus tôt.

Le froid sec de décembre saisit Sally dès sa sortie de chez elle: depuis quelques jours, le thermomètre avoisinait les 2 ou 3°C, et elle fut satisfaite de sentir son gros bonnet de laine autour de sa tête. Il était 9h du matin, et il ne lui fallait que quelques minutes à pied pour se rendre jusqu'à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (BHVP) où elle travaillait depuis deux ans. Elle dépassa la place des Vosges, encore déserte à cette heure-ci. Ce boulot était une vraie chance: le destin lui avait permis d'intégrer la prestigieuse bibliothèque, et elle aimait profondément y travailler. C'était une véritable mine d'or sur l'histoire de Paris: ouvrages anciens ou récents, cadastres, plans et cartes variées...on y trouvait ce que l'on désirait, à condition de bien chercher. Sally y aidait et orientait les visiteurs, souvent d'un âge avancé, qui venaient chaque jour remplir la grande salle de lecture.

Cette journée où tout commença se passa comme n'importe quel autre jour jusqu'à ce que Sally ne rencontre Oleg Smerdanov. Il était environ 14h30, et la jeune femme se tenait au bureau des fiches à l'étage supérieur: très peu de monde était venu la solliciter, lorsqu'une voix très douce, émaillée d'un accent russe certain -mais dans un français très pur- s'adressa à elle:

-"Pardon mademoiselle, êtes-vous bien Sally Viora?"

Le personnage qui avait posé cette question était un petit vieillard courbé, pourvu d'un bouc d'une blancheur immaculée, et dont les deux yeux bleus pétillaient derrière ces lunettes cerclées.

-"Euh...oui, tout à fait monsieur."

-"Très bien, très bien...", commenta le petit homme avec un léger sourire. Ce rictus joyeux disparut subitement lorsqu'il demanda à brûle-pourpoint: "Connaissez-vous Steve Keller mademoiselle?". Le regard intense qu'il posait sur elle la mit quelque peu mal à l'aise et il lui fallut faire un effort pour répondre.

-"Je ne connais personne de ce nom là monsieur, mais pourrais-je savoir qui vous êtes et ce que vous cherchez exactement?"

-"Oh mais quelle négligence impardonnable de ma part! Je suis désolé: je m'appelle Oleg Smerdanov, pour vous servir!". Le vieil homme réajusta ses lunettes puis ajouta:"Excusez ma brusquerie mais ma curiosité a pris le dessus... J'aimerais pouvoir discuter plus longuement avec vous...des choses importantes. Seriez-vous d'accord?"

Malgré l'énigmatique attitude du personnage, Sally sentit qu'elle pouvait lui faire confiance, sans trop savoir pourquoi. Elle aquiesça:

-"Euh, bien...si c'est important... Mais je termine seulement à 18h."

-"C'est très bien, très bien. Voici ma carte: je vous attendrai chez moi, j'habite à deux pas d'ici. Au revoir mademoiselle Viora, à tout à l'heure!"

Sally n'eut rien le temps d'ajouter. Elle baissa les yeux et ramassa le bout de carton qu'il avait posé face à elle.

5 commentaires jeudi 16 août 2007

Ils entrèrent dans l'ascenseur. Le gros index de Moustache enfonça le bouton 4. Les portes se refermèrent instantanément. Au même moment, la célèbre sonnerie de la cellule anti-terroriste pour laquelle Jack Bauer s'active pendant 24 heures d’affilées retentit. Moustache et sa coéquipière qui répondait au doux nom de Mizka fouillèrent leurs poches respectives à la recherche de leur portable.

- C'est le mien, s'exclama fièrement le rougeaud en décrochant. Allô ! Qui c'est ??
- C'est John à l'appareil, dit la voix avec un fort accent germanique aisément reconnaissable. Alors, vous l'avez neutralisée, espèces d'incapables ?
- Non, pas encore chef, mais ça ne va pas tarder. On est à l'hôpital et on a son numéro de chamb...
- J'm'en fous des détails !! Tout ce qui compte, c'est que vous ne merdiez pas comme ce matin, sinon, vous savez ce qui vous attend !
- Euh...oui, chef, mais ça n'arrivera pas... je vous le promets, bredouilla Moustache.
- Je l'espère bien pour vous...

Sur ces mots, John Keller raccrocha, laissant son interlocuteur interloqué. Sans un mot, Moustache rangea son portable sous l'œil dubitatif de Mizka.

- Plus le droit à l'erreur, ma couille..., se contenta-t-il de dire.

Au regard assassin qu'elle lui jeta et malgré son intelligence particulièrement limitée, il comprit qu'il ne devait plus se laisser aller à de telles vulgarités en sa présence sous peine de perdre ses attributs masculins...

Au troisième étage, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Une vieille femme soutenant péniblement son bras plâtré et une très jolie rousse qui l’accompagnait y prirent place. Malgré ses résolutions toutes fraîches, Moustache ne pût s'empêcher de saluer la nouvelle entrante (enfin la plus jeune des deux...) d'un sifflement des plus vulgaires s'attirant une nouvelle fois les foudres de sa coéquipière.
L'ascenseur se remit en mouvement et atteignit rapidement le quatrième étage. Moustache et Mizka sortirent laissant les deux femmes à leur conversation inintéressante.

D'après les indications qu'ils avaient obtenues à l'accueil, la chambre 423 se trouvait tout au bout du couloir à droite. Tout naturellement, ils s'y dirigèrent d'un pas décidé avec la ferme intention de réussir leur mission, et ce même s’ils devaient avoir recours aux moyens les plus radicaux...

Dans le couloir, ils croisèrent un brancardier qui brancardait un brancard (étonnant, non ?) amenant probablement son occupant vers sa dernière demeure : la morgue. En effet, un drap blanc immaculé recouvrait totalement le corps qui s'y trouvait.
Ne s’attardant pas sur cette scène classique dans un hôpital, M&Ms, comme John les appelait de temps en temps, poursuivirent leur chemin jusqu’à la porte 423.

Sans hésiter une seconde, Moustache ouvrit la porte et pénétra dans la chambre suivit comme son ombre par Mizka. A leur grand étonnement, personne n’était dans la pièce. Sur le lit, pas de patient(e) ; seuls se trouvaient les électrodes reliées aux appareils mesurant les constantes vitales et les cathéters des poches de perfusion.
Par acquis de conscience, Mizka vérifia la salle de bains sans trop y croire : vide également...

Ils étaient complètement abasourdis : une nouvelle fois, ils avaient échoué. La vengeance de John allait être terrible...

A peu près au même instant, le brancardier sortait tranquillement de l’hôpital. Il poussa le brancard jusqu’à sa décapotable noire, retira le drap laissant ainsi apparaître le corps abîmé mais en vie de Sally, la souleva sans effort apparent et la plaça du mieux qu’il pût sur le siège passager de sa voiture. Il allongea ce siège, attacha Sally puis monta à son tour dans la voiture à la place du conducteur, abandonnant le brancard. Il démarra...
Une fois sorti de l’enceinte de l’hôpital, il brancha son kit mains-libres et composa le seul numéro qu’il connaissait par cœur.

- Allô, Sergueï ?, répondit la voix à l’autre bout du fil.
- Da, c’est moi... Ca y est, j’ai récupéré ta fille, Vladimir. Elle est saine et sauve. Je te la ramène...

12 commentaires lundi 30 juillet 2007

La pièce était sombre. Les murs lézardés étaient d'un vert glauque et délavé. Le plafond cloqué laissait pendre dangereusement de larges pans de peinture poussiéreuse. Les stores masquaient à peine les faibles rayons du soleil de printemps. Tel un disc jockey sous Lexomil, des appareils électroniques déversaient dans la pièce une suite de bips stridents et syncopés.

Quand elle reprit connaissance, Sally ne comprit pas tout de suite où elle se trouvait. Perdue, sans aucun repère, ses sens étaient encore engourdis. D'où venait cette douleur irradiant l'intérieur de son crâne? Et surtout, pourquoi ne pouvait-elle pas bouger?!? Ses pieds ne répondaient plus et ses bras semblaient s'enfoncer dans le matelas du lit métallique sur lequel elle était étendue. Maintenu par une sorte de minerve en plastique, son cou la faisait terriblement souffrir.

Un homme en blouse blanche pénétra doucement dans la pièce. Il fouilla sur la table de chevet. Des clés, des cigarettes, un papier griffonné SK - RDV dimanche 26 mai 21 H, et ce qu'il cherchait: les derniers résultats d'analyses hématologiques. Malgré la gravité de la chute, les constantes de sa patiente étaient très bonnes. Sally ne pouvait pas voir son visiteur, mais lorsqu'il s'approcha d'elle, c'est son haleine fétide qu'elle sentit en premier. Ses deux petits yeux rapprochés lui faisaient penser à une fouine. Sa barbe éparse et ses dents déchaussées et noires ne faisait qu'accentuer le côté rongeur de son visage.

"Bonjour mademoiselle, je m'appelle Oliver Peekone, je suis médecin. Vous êtes actuellement en salle de réveil à l'hôpital Bichat. Le SAMU vous a héliportée en urgence ce matin suite à une chute de 6 étages... Vous seriez tombée du..."

Dans un nuage de coton, Sally se rappelait peu à peu des évènements qui avaient dû la conduire ici. Une voiture noire, décapotable. Elle était surveillée, suivie nuit et jour. La photo! Elle devait se rendre à l'appartement de Steve Keller pour lui donner le sac. Elle n'avait jusque là jamais rencontré le fils adoptif de sa mère biologique. La DASS lui avait toujours dit qu'elle était morte en la mettant au monde... Tout cela n'avait aucun sens... Trop de zones d'ombre... Les souvenirs lui revenaient difficilement... Et ce vieux russe qui l'avait invitée à dîner peu avant Noël... Tout avait commencé à ce moment là...

Tête de fouine la sortit de ses pensées, "je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais vous avez tout de même de la chance. Si vous n'êtes pas croyante, c'est le moment d'entrer dans les ordres... Il semblerait que votre chute ait été amortie par un store sur l'un des derniers balcons. Il paraît même que les ouvriers venaient de l'installer il y a une semaine. Par contre, vous avez perdu connaissance et aussi beaucoup de sang."

"Et mes jambes? Mes bras? Pourquoi je ne peux plus bouger?", voulait hurler Sally. Mais ces mots restèrent désespérément au fond de sa gorge.

"Je suis navré mademoiselle, nous avons dû pratiquer une trachéotomie, vos cordes vocales ont été touchées, j'ai bien peur que vous ne puissiez plus parler... Nous allons vous faire un scan..."


Submergée par le choc et la douleur, elle s'évanouit à nouveau...

A l'accueil de l'hôpital, l'hôtesse indiquait la chambre 423 aux flics recherchant la "fille de l'air". Les ambulanciers apportaient déjà un nouveau brancard sanguinolent lorsqu'elle vit le gros inspecteur moustachu et sa belle coéquipière entrer dans l'ascenseur...

15 commentaires dimanche 15 juillet 2007

Sally est morte... Ces trois mots résonnaient dans sa tête et Suelen perdait pied lentement... Elle savait qu'elle ne devait pas sombrer. Dans son état, ça pouvait être fatal... Inconsciemment, elle se raccrocha donc à la seule chose qui pouvait la garder en vie. "Steve a de gros ennuis" avait dit Paul. Elle aimait profondément son fils adoptif. Et si elle n'avait rien fait pour renouer le contact avec lui depuis bientôt six ans, c'était juste parce qu'elle avait investi toute son énergie dans la recherche de Sally... "Steve a de gros ennuis". Se ressaisissant, elle attrapa son portable et composa le numéro de Steve. Les sonneries se succédaient. A l'écran, Les 4 amies commençaient leur traditionnelle partie de poker. Elle raccrocha avant d'être invitée à laisser un message. Cela ne lui semblait pas être le meilleur moyen de reprendre contact avec son fils adoptif...

Ce qu'avait dit Paul commençait tout juste à prendre corps dans son esprit. Il avait parlé d'un sac et d'un rendez vous à Alesia. Machinalement, elle tendit le bras vers la table basse et attrapa la feuille de papier photocopiée pliée en deux sous la télécommande :"SK - RDV dimanche 26 mai 21 H. N'oubliez pas le sac"... Ce message, qu'elle avait trouvé le matin même dans sa boîte aux lettres et qui l'invitait à se rendre ce soir à Alésia, était toujours aussi incompréhensible. Qui voulait la voir ? Pourquoi là-bas ? Très peu de gens savaient l'importance de cet endroit pour elle... Et de quel sac parlait-on ? A midi, elle était passée à Alesia. Malgré le beau temps, elle avait mis son imperméable sombre, pour ne pas être reconnue, au cas où. Tout lui avait paru normal, et les quelques prêtres à qui elle avait parlé lui avait semblé tout à fait catholiques... Jusqu'à il y a quelques instants, elle s'attendait à une blague, ou une surprise. Désormais, elle était plus qu'inquiète. Sally était morte, Steve menacé. Et ce sac, que contenait-il ? Paul ne lui en avait rien dit... Elle se remémorait maintenant les derniers mots de sa conversation avec Paul. Complètement bouleversée qu'elle était, elle n'avait pas songé à lui parler de sa propre invitation. Et lui, il lui avait expressément demandé de ne pas bouger de chez elle aujourd'hui. Il lui avait dit de ne rien faire pour aider Steve ; il s'occupait de tout. Tout à l'heure elle avait acquiescé, mais maintenant elle ne se sentait pas capable de rester chez elle à ne rien faire, aussi drôle que puisse être Bree Vandekamp. Elle se souvint que Paul devait aller chercher la voiture de Steve avant de revenir chercher le sac à son appart. Elle habitait porte de Clignancourt. En métro, elle pouvait donc y être elle aussi en moins d'une heure, à peu près le temps qu'il faudrait à Paul pour faire son tour... Elle éteignit la télé, laissant Bree à ses invités, et quitta précipitamment son pavillon...


Après que Paul soit sorti du bar, Steve fit ce qu'il aurait probablement dû faire depuis longtemps : il demanda à la serveuse où il pouvait trouver un téléphone, et une fois dans la cabine, il composa son propre numéro de portable. Il venait de se souvenir qu'en pressant la touche dièse pendant son annonce de répondeur, et à condition de connaître le code approprié, il était possible d'écouter les messages qui y étaient stockés. Dans son cas, le code était facile, c'était toujours sa date d'anniversaire : 2204 (la fameuse formule 2+2=4 lui permettait d'ailleurs de se souvenir de ce sésame en toutes circonstances, mêmes les plus alcoolisées...).

"Vous avez 1 nouveau message". Coup de chance : les abrutis de la camionnette n'avait pas effacé le message. Steve allait enfin savoir ce qui avait tant fait rire la femme. "Dimanche 26 mai, 4H40. Tuuuuuuut. Allo, Steve Keller, je m'appelle Sally. On ne se connait pas, mais nous somme pourtant très proches. J'ai très peu de temps. Deux choses : Un, ne faites confiance à personne. Deux, ne m'ouvrez pas si je sonne. Clic."

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