Bienvenue

A la manière des cadavres-exquis, tout en usant de règles adaptées à notre convenance, nous tentons d'écrire ici une histoire à la fois anonyme et multi-voix.

Impossible de vous en faire un résumé, et pour cause...

... nous même ne savons pas tout ceci va nous mener !

11 commentaires mercredi 5 septembre 2007

"… sauvegarder votre message, taper 3, réécouter, taper …" Steve était toujours pendu au téléphone : la miss qui gérait sa messagerie lui répétait pour la huitième fois, avec une patience insupportable, tout ce qu'il pouvait faire de l'étrange message qu'il venait d'écouter. Son cerveau tournait à 100 à l'heure, tentant désespérément d'assembler les pièces du puzzle. "Cette fille m'a laissé un message cette nuit pour me prévenir de ne pas lui faire confiance et de ne pas lui ouvrir ma porte. Ce matin elle arrive chez moi, sonne, me montre son espèce de foutu tatouage, me file un sac rempli de conneries et court se jeter dans le vide… Quelque chose cloche, elle ne pouvait pas être dans son état normal ce matin… Elle devait être droguée… Et elle l'avait prévu…" Les maigres conclusions qu'il tirait de tout ça ne pouvaient pas le satisfaire. Il raccrocha finalement et quitta le Sambabar, non sans jeter un coup d'œil incrédule à la faune joyeuse qui avait envahi le bar sans qu'il s'en aperçoive. Une fois dehors, il se dirigea tranquillement vers la bouche de métro la plus proche, direction : Alesia. Perdu dans ses pensées, Steve était à mille lieues de se douter que son destin se jouait au même moment, en divers endroits de la capitale…

Au volant de sa décapotable noire, quelque part dans le XVIIIème, Sergueï était toujours en communication avec Vladimir :
- Ça y est, j'ai récupéré ta fille, Vladimir, Elle est saine et sauve. Je te la ramène.

- Спасибо Sergueï. Dire qu'on la surveille depuis bientôt 5 mois… Comment diable ce maudit Brigadier a-t-il pu faire son coup ?
- Impossible à dire pour l'instant. Dès qu'elle se réveille, je te préviens.
- OK. J'appelle Oleg, il a peut-être du nouveau…
До Свидания Sergueï.
-
Увидимся позже.

A quelques rues de là, dans le hall de l'hôpital Bichat, Mizka venait de perdre la troisième manche de Chifoumi qui l'opposait à Moustache. Résignée, elle composa le numéro de John.
- Allô John, c'est Mizka.
- Alors, vous l'avez ?
- C'est-à-dire que… La chambre était vide, nous pensons que…
- Ne pensez pas ! Je me fous de vos explications à la con. Vous êtes deux foutus incapables ! C'est votre deuxième enlèvement raté de la journée, alors que vous avez toute la panoplie de vrais flics sur le dos ! C'est quoi le problème ?
- Mais chef, c'est que …
- Je m'en fous j'te dis ! Vous cherchez des engueulades à qui mieux mieux, ou quoi ? Y'a une compèt' en cours ? Retrouvez la, il me la faut avant ce soir !

John bouillait de rage. Il s'ouvrit un second Chum Up®, tant pis pour ses intestins. Il composa un autre numéro.

Dans l'audi A6 qui venait de quitter la rue Daviel, le téléphone sonna. L'homme aux cheveux rouges décrocha.
- Allô, le rouquin ? Baisse ta foutue musique de fillette. T'es toujours dans ta bagnole de beauf' ? T'as récupéré le sac ?
Le rouquin baissa le volume. Bob Dylan, Blowin' in the Wind. Il répondit avec son flegme habituel :
- Salut John. J'ai raté le sac. Mais j'ai du nouveau. Ce bon vieux Paulo fricote encore avec ton ex-femme. Ils étaient à l'appart. Et le vieux Oleg aussi. Lui, je l'ai pas raté.

- Bon. Tant pis pour le sac. Continue comme prévu, je m'occupe du reste. Ciao.

Dans la rue de la Santé, la saxo verdâtre de Paul poursuivait sa route. Un silence oppressant occupait l'habitacle. Les questions se succédaient dans la tête de Suelen. "Pourquoi Paul avait-il abandonné Oleg sans plus de scrupules ? Pourquoi s'était-il montré réticent à ce qu'elle l'accompagne ? Pourquoi semblait-il si nerveux, lui qui d'habitude était toujours si sûr de lui ?" Suelen ne comprenait pas grand-chose à cette histoire. Mais ce dont elle était sûre, c'est que celui qui était devenu son confident en l'espace de quelques mois lui cachait quelque chose…
Paul, de son côté, était également tracassé. Pas à cause de l'accident auquel il venait d'assister. Non, plutôt à cause de cette photo qu'il avait trouvée dans son portefeuille. Oh, ce n'était pas la photo en elle-même qui l'inquiétait, il se souvenait parfaitement du moment où elle avait été prise. Ce qui l'ennuyait d'abord, c'était de ne pas savoir qui l'avait prise. Mais par-dessus tout, ce qui le perturbait, c'était le mot qui avait été noté au dos, et qu'il avait réussi à dissimuler à Steve.
Увидимся позже. Évidemment, il était largement en mesure de le comprendre.

S'approchant d'Alesia, et ignorant tout de ce qui se tramait dans son dos, Steve était également à mille lieues de se douter que "l'Affaire Keller" avait commencé plusieurs mois auparavant…

4ème arrondissement, 5 mois plus tôt :

Dès la première sonnerie, Vladimir interrompit son récit. Il se dirigea vers le téléphone, et sans aucune appréhension, il décrocha.

9 commentaires dimanche 2 septembre 2007



Dans l’appartement de Steve, Suelen était absorbée par les explications de Paul. Lui même n’avait pas remarqué que l’heure avait tournée :

- « Putain 17h50 ! Steve m’attend dans 10 minutes à Alésia. Je ne serai jamais à l’heure ! Il faut que je file tout de suite. Que fais-tu Sue ?

- Je viens avec toi ! »

Paul aurait souhaité s’y rendre seul. Mais par gentillesse et parce qu’il ne voulait pas la froisser, il se plia à sa volonté et se contenta d’un hochement de la tête pour réponse.

Ils claquèrent la porte puis dévalèrent les escaliers. Sue, qui avait beaucoup de mal à suivre le train d’enfer de Paul, perdait du terrain inexorablement.

Paul, qui ne s’était pas retourné, avait pris quelques secondes d’avance. Il se pointa seul dans la rue.

L’homme qui attendait depuis presque une heure dans sa voiture esquissa un sourire sadique. Il alluma le gros moteur de son Audi A6 3.0L tDi violette et se dégagea lentement de sa place de parking. Sue sortait à peine de l’immeuble quand Paul commençant à traverser la rue en lui cria :

- « Ma voiture est juste en face, c’est la bouse verte là-bas ! »

Dans la rue, l’Audi prenait de la vitesse. D’un coup sec sur l’accélérateur, l’homme libera les 230ch dans un vacarme infernal. Le bruit assourdissant du moteur pétrifia Paul au milieu de la rue. Sue, qui voyait déjà Paul sous les roues de la puissante berline poussa un cri de terreur quand tout à coup, Oleg, venant du trottoir opposé traversa rapidement la rue et poussa Paul sur le capot de la voiture blanche garée devant le N°31. L’élan du vieil homme n’étant pas suffisant, il lui manqua quelques centimètres pour se mettre à l’abri lui aussi, ce qui n’échappa pas au conducteur de l’Audi. D’un coup de volant, il broya les jambes d’Oleg entre les deux véhicules. Le geste, d’une précision rare, n’avait entraîné quasiment aucun dommage matériel. Son Audi n’avait même pas touché l’autre voiture. Aucune trace de peinture ne serait ainsi visible.

Alors que le vieil homme s’écroulait, Paul, jusqu’alors un peu abasourdi, reprenait lentement ses esprits. L’Audi était déjà très loin. Il se redressa sur le capot et ne pu constater que l’ampleur du désastre.

Profitant de l’état de panique qui avait envahit la rue, Paul, descendu du capot, prit Suelen en pleur par la main :

- « Viens, on file à ma voiture. Des passants ont déjà appelé les secours, on a plus rien à faire ici ! »

Paul poussa les rapports, et la petite Saxo, dans un vacarme pas possible, quitta à son tour la rue à une vive allure en direction d’Alésia, précédée de quelques minutes par l’Audi A6.

4ème arrondissement, 5 mois plus tôt :

Oleg, referma la porte après avoir salué Sally. Sans dire un mot, il l’emmena vers le salon au bout du couloir, au pied du grand escalier :

- « Il vous attend là-haut… »

Il ? Mais de qui parle t-il, se disait intérieurement Sally ? Elle fixa Oleg avec de grands yeux interrogateurs.

- « Allez, vous ne le regretterez pas… »

Sally saisit la rampe en or massif et escalada lentement les marches qui menaient au plateau supérieur.

Une voix la guida jusqu’à un deuxième salon. Un homme grand et maigre l’y attendait. Il se tenait devant une grande fenêtre. Le contre-jour empêchait Sally de voir son visage de manière distincte. A la manière du « Retour du Jedï », il annonça d’une voix grave et sûre :

- « Bonjour Sally ! Je suis ton père ».

La jeune femme qui était restée muette depuis son entrée dans l’appartement restait bouche bée.

Vladimir se lança alors dans un long récit détaillé, sa relation avec Sue, sa mère, son appartenance à l’ Organizatsiya, Организация en cyrillique, ou Mafia Rouge. Lorsqu’il rencontra Suelen pour un soir, il n’était alors qu’un simple pion de la pieuvre. Pour intégrer l’organisation, il avait du se soumettre aux rites initiatiques. A l'instar des Yakuzas au Japon, il avait du se faire tatouer le signe de distinction, preuve de son appartenance au groupe. Petit a petit, il a gravi les échelons de l’organisation. C’est lors de la Perestroïka, la restructuration sous Gorbatchev, que Vladimir, connaissant les rouages du système d’une Union Soviétique sur le déclin et en association avec des hommes de "l'anti-système" constitua en occident un maillon incontournable de la Mafia Russe avec pour activités principales : trafic de drogue et d'armes, blanchiment d'argent, prostitution et proxénétisme. Evoluant avec l’air du temps, sa « filiale » s’est peu a peu spécialisée dans le passage de clandestins, les enlèvements, les extorsions, la corruption de fonctionnaires et personnalités politiques, puis l'infiltration d'entreprises et le "cyber-crime", comme l'utilisation frauduleuse de cartes de crédit et le vol d'informations confidentielles. Le début de son ascension, il la devait à l’adjoint du Parrain (appelé aussi " Brigadier") de l’époque, qui n’était autre que John Keller. Le Brigadier était alors étroitement surveillé et contrôlé afin qu'il ne prenne trop d'importance et qu'il ne représente une menace directe pour son Parrain. C’est justement Vladimir qui fut chargé par le Parrain de la surveillance de John.

Sally écoutait consciencieusement, pour ne pas perdre une miette du récit. C’était comme si elle découvrait une partie de sa propre vie. Vladimir s’attardait longuement sur ses relations avec John Keller. Alors qu’il racontait comment, un jour, par loyauté envers le Parrain il avait dû trahir son ami, le téléphone sonna.

5 commentaires samedi 25 août 2007


Dans l’appart, tout semblait en ordre. Suivant les instructions de son ami, Paul trouva rapidement le sac dans le bac à linge, sous les vêtements sales. L’odeur de transpiration qui émanait des chemises de Steve ne lui était pas du tout désagréable.

Paul respira profondément. Depuis sa discussion au bistrot avec Steve, il avait eu peu de temps pour réfléchir. Machinalement, il se pencha vers l’unique fenêtre de l’appartement et son regard se projeta sur la ville. La journée était calme, seuls les klaxons lointains de Denfert rappelaient l’agitation incessante des boulevards parisiens… Une mobilette passa au dessous de l’appartement…La suivant du regard, Paul la vit alors dépasser le vieillard fatigué qui remontait la rue. De dos, il reconnu la silhouette, la démarche et le chapeau mou caractéristique d’Oleg…

A ce moment, la porte de l’appartement s’ouvrit.

Une voie triste et lasse.

- Bonjour Paul

- Sue ! Je viens de voir Oleg par la fenêtre

- Qui ?

- Oleg Smerdanov, tu sais l’ami de mon grand- père qui m’a aidé à retrouver Sally !Oh je suis désolé Sue pour Sally.

Après quelques pas lourds, Suellen s’écroula lourdement sur la seule chaise de l’appartement.

- C’est donc là que Steve habite… Paul qu’est ce qui se passe ?

- J’en sais rien, Steve est dans une belle merde, mais j’ai l’impression qu’il n’y est pour rien.

Paul raconta alors les événements de la journée à l’exception de sa rencontre passionnée avec Sergueï et de la photo trouvée dans le portefeuille. En y repensant, il lui vint tout de même à l’esprit que seul Serguei pouvait y avoir glissé la photo. Il ne parla pas non plus de l’autre photo, c’était à Steve d’en parler à sa mère…
A mesure qu’avançait sont récit, le corps de Sue s’avachissait de plus en plus dans l’inconfortable dossier de la chaise.

Paul continua :
Il y a un an à peu près j’ai contacté un ami de mon grand père qui a de nombreux contacts en Russie. Oleg Smerdanov. Il trempe dans des histoires de mafia mais il a une dette envers mon grand père et dans cette histoire, je pense que c’est une personne en qui on peut avoir confiance. Je ne sais pas ce qu’il foutait là en bas, mais il doit avoir une bonne raison.
Bref, grâce à je ne sais quelle entourloupe, il a retrouvé Vladimir le père de Sally. Je ne voulais pas t’en parler à cause du mal qu’il t’a fait mais c’est grâce à lui que j’ai pu retrouver Sally.
En décembre, Sally est venue chez Oleg, je l’ai rencontrée chez lui. Bref, je lui ai dit qui était sa mère, qu’elle avait un frère, que tu souhaitais la rencontrer. Comme tu le sais elle était d’accord mais avait besoin de temps. Elle devait me recontacter. Avant hier, elle m’a appelé, elle voulait voir Steve…Tout à l’heure je n’ai pas eu le cœur de lui dire qu’il avait une sœur et qu’il venait de la voir.



4ème arrondissement, 5 mois plus tôt


En arrivant devant le n°3 rue du trésor, Sally se demanda si elle ne s’était pas trompée. Elle sortit le carton de son sac :


Oleg Smerdanov

Violoncelliste

3 rue du Temple – Paris 4è


C’est pourtant bien ça. Il paye pas de mine le bonhomme mais il doit vraiment bien gagner sa vie pour habiter ici ! Sur cet euphémisme elle sonna donc.

De l’autre côté de la porte, au bout du couloir dans le salon, l’homme habillé en costume de velours bleu ciel finit d’une gorgée son verre de whisky. Se dirigeant rapidement vers l’escalier monumental montant aux étages, il dit : C’est l’heure Oleg, va ouvrir à ma fille.

1 commentaires vendredi 24 août 2007


"Putain, bouge ton taxi connard!". D'un geste sec, Paul rétrograda en seconde puis dépassa la mercedes grise qui s'était arrêtée juste devant lui pour déposer un passager: un grand geste du bras vint exprimer son mécontentement, tandis que le moteur de la Saxo rugissait pour quitter au plus vite la place Denfert Rochereau. D'un naturel posé, Paul devenait tout de suite plus nerveux -comme bon nombre de mecs - lorsqu'il prenait le volant: conduire dans Paris n'était pas des plus reposant, et son trajet depuis les Champs-Elysées commençait à lui porter sur les nerfs. Heureusement, l'appart de Steve n'était plus très loin.

La quiétude d'une fin de journée. A une trentaine de mètres, sur le trottoir opposé, un vieux bonhomme à chapeau mou jetait des bouts de pain à une volée de pigeons. Aucun bruit de véhicule. Une conversation animée se fit entendre de plus en plus nettement, et deux asiatiques dépassèrent la voiture, discutant avec moult gestes, dans une langue que l'homme reconnut immédiatement comme étant du chinois. Il les regarda s'éloigner, puis sa main droite vint délicatement enlever une légère poussière qui s'était posée sur sa veste noire. Son oreille exercée distingua l'arrivée d'un véhicule dans la rue Daviel: une poignée de secondes plus tard, une Saxo verte passa, pour finalement s'arrêter au niveau d'un espace libre le long du trottoir. L'homme se surprit à penser qu'il n'y avait sans doute que le violet qui pouvait être plus laid pour une carosserie, mais son attention se resserra bientôt sur le jeune homme qui descendait de la Citroën. Ce dernier avait jeté un rapide coup d'oeil autour de lui puis s'était dirigé vers le numéro 31, immeuble dans lequel il s'engouffra après avoir composé le code de la porte d'entrée.

5 minutes passèrent, puis 5 autres. L'homme ne semblait pas vouloir bouger. Ses yeux couleur d'ambre semblaient vissés sur la porte de l'immeuble, mais devinrent subitement fixes. Là-bas, sous le n°31, une femme mince aux longs cheveux noirs venait de s'arrêter: elle sembla hésiter légèrement puis s'engouffra à son tour dans l'immeuble. Sur le visage de l'homme, un imperceptible sourire se dessinait.


4e arrondissement, 5 mois plus tôt.

Le froid sec de décembre saisit Sally dès sa sortie de chez elle: depuis quelques jours, le thermomètre avoisinait les 2 ou 3°C, et elle fut satisfaite de sentir son gros bonnet de laine autour de sa tête. Il était 9h du matin, et il ne lui fallait que quelques minutes à pied pour se rendre jusqu'à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (BHVP) où elle travaillait depuis deux ans. Elle dépassa la place des Vosges, encore déserte à cette heure-ci. Ce boulot était une vraie chance: le destin lui avait permis d'intégrer la prestigieuse bibliothèque, et elle aimait profondément y travailler. C'était une véritable mine d'or sur l'histoire de Paris: ouvrages anciens ou récents, cadastres, plans et cartes variées...on y trouvait ce que l'on désirait, à condition de bien chercher. Sally y aidait et orientait les visiteurs, souvent d'un âge avancé, qui venaient chaque jour remplir la grande salle de lecture.

Cette journée où tout commença se passa comme n'importe quel autre jour jusqu'à ce que Sally ne rencontre Oleg Smerdanov. Il était environ 14h30, et la jeune femme se tenait au bureau des fiches à l'étage supérieur: très peu de monde était venu la solliciter, lorsqu'une voix très douce, émaillée d'un accent russe certain -mais dans un français très pur- s'adressa à elle:

-"Pardon mademoiselle, êtes-vous bien Sally Viora?"

Le personnage qui avait posé cette question était un petit vieillard courbé, pourvu d'un bouc d'une blancheur immaculée, et dont les deux yeux bleus pétillaient derrière ces lunettes cerclées.

-"Euh...oui, tout à fait monsieur."

-"Très bien, très bien...", commenta le petit homme avec un léger sourire. Ce rictus joyeux disparut subitement lorsqu'il demanda à brûle-pourpoint: "Connaissez-vous Steve Keller mademoiselle?". Le regard intense qu'il posait sur elle la mit quelque peu mal à l'aise et il lui fallut faire un effort pour répondre.

-"Je ne connais personne de ce nom là monsieur, mais pourrais-je savoir qui vous êtes et ce que vous cherchez exactement?"

-"Oh mais quelle négligence impardonnable de ma part! Je suis désolé: je m'appelle Oleg Smerdanov, pour vous servir!". Le vieil homme réajusta ses lunettes puis ajouta:"Excusez ma brusquerie mais ma curiosité a pris le dessus... J'aimerais pouvoir discuter plus longuement avec vous...des choses importantes. Seriez-vous d'accord?"

Malgré l'énigmatique attitude du personnage, Sally sentit qu'elle pouvait lui faire confiance, sans trop savoir pourquoi. Elle aquiesça:

-"Euh, bien...si c'est important... Mais je termine seulement à 18h."

-"C'est très bien, très bien. Voici ma carte: je vous attendrai chez moi, j'habite à deux pas d'ici. Au revoir mademoiselle Viora, à tout à l'heure!"

Sally n'eut rien le temps d'ajouter. Elle baissa les yeux et ramassa le bout de carton qu'il avait posé face à elle.

5 commentaires jeudi 16 août 2007

Ils entrèrent dans l'ascenseur. Le gros index de Moustache enfonça le bouton 4. Les portes se refermèrent instantanément. Au même moment, la célèbre sonnerie de la cellule anti-terroriste pour laquelle Jack Bauer s'active pendant 24 heures d’affilées retentit. Moustache et sa coéquipière qui répondait au doux nom de Mizka fouillèrent leurs poches respectives à la recherche de leur portable.

- C'est le mien, s'exclama fièrement le rougeaud en décrochant. Allô ! Qui c'est ??
- C'est John à l'appareil, dit la voix avec un fort accent germanique aisément reconnaissable. Alors, vous l'avez neutralisée, espèces d'incapables ?
- Non, pas encore chef, mais ça ne va pas tarder. On est à l'hôpital et on a son numéro de chamb...
- J'm'en fous des détails !! Tout ce qui compte, c'est que vous ne merdiez pas comme ce matin, sinon, vous savez ce qui vous attend !
- Euh...oui, chef, mais ça n'arrivera pas... je vous le promets, bredouilla Moustache.
- Je l'espère bien pour vous...

Sur ces mots, John Keller raccrocha, laissant son interlocuteur interloqué. Sans un mot, Moustache rangea son portable sous l'œil dubitatif de Mizka.

- Plus le droit à l'erreur, ma couille..., se contenta-t-il de dire.

Au regard assassin qu'elle lui jeta et malgré son intelligence particulièrement limitée, il comprit qu'il ne devait plus se laisser aller à de telles vulgarités en sa présence sous peine de perdre ses attributs masculins...

Au troisième étage, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Une vieille femme soutenant péniblement son bras plâtré et une très jolie rousse qui l’accompagnait y prirent place. Malgré ses résolutions toutes fraîches, Moustache ne pût s'empêcher de saluer la nouvelle entrante (enfin la plus jeune des deux...) d'un sifflement des plus vulgaires s'attirant une nouvelle fois les foudres de sa coéquipière.
L'ascenseur se remit en mouvement et atteignit rapidement le quatrième étage. Moustache et Mizka sortirent laissant les deux femmes à leur conversation inintéressante.

D'après les indications qu'ils avaient obtenues à l'accueil, la chambre 423 se trouvait tout au bout du couloir à droite. Tout naturellement, ils s'y dirigèrent d'un pas décidé avec la ferme intention de réussir leur mission, et ce même s’ils devaient avoir recours aux moyens les plus radicaux...

Dans le couloir, ils croisèrent un brancardier qui brancardait un brancard (étonnant, non ?) amenant probablement son occupant vers sa dernière demeure : la morgue. En effet, un drap blanc immaculé recouvrait totalement le corps qui s'y trouvait.
Ne s’attardant pas sur cette scène classique dans un hôpital, M&Ms, comme John les appelait de temps en temps, poursuivirent leur chemin jusqu’à la porte 423.

Sans hésiter une seconde, Moustache ouvrit la porte et pénétra dans la chambre suivit comme son ombre par Mizka. A leur grand étonnement, personne n’était dans la pièce. Sur le lit, pas de patient(e) ; seuls se trouvaient les électrodes reliées aux appareils mesurant les constantes vitales et les cathéters des poches de perfusion.
Par acquis de conscience, Mizka vérifia la salle de bains sans trop y croire : vide également...

Ils étaient complètement abasourdis : une nouvelle fois, ils avaient échoué. La vengeance de John allait être terrible...

A peu près au même instant, le brancardier sortait tranquillement de l’hôpital. Il poussa le brancard jusqu’à sa décapotable noire, retira le drap laissant ainsi apparaître le corps abîmé mais en vie de Sally, la souleva sans effort apparent et la plaça du mieux qu’il pût sur le siège passager de sa voiture. Il allongea ce siège, attacha Sally puis monta à son tour dans la voiture à la place du conducteur, abandonnant le brancard. Il démarra...
Une fois sorti de l’enceinte de l’hôpital, il brancha son kit mains-libres et composa le seul numéro qu’il connaissait par cœur.

- Allô, Sergueï ?, répondit la voix à l’autre bout du fil.
- Da, c’est moi... Ca y est, j’ai récupéré ta fille, Vladimir. Elle est saine et sauve. Je te la ramène...

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